Au cinquième jour de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, les conséquences économiques se font déjà sentir à l’échelle mondiale. Plus de 3 000 navires étaient bloqués mardi de part et d’autre du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % des exportations mondiales de pétrole et une part significative du commerce de gaz naturel liquéfié (GNL). La fermeture de facto de ce corridor maritime, annoncée par les Gardiens de la révolution iraniens, paralyse une artère vitale du commerce énergétique mondial.
Dans le Golfe, les perturbations s’étendent également au transport aérien. À Dubaï, environ 44 000 passagers se retrouvaient bloqués dans l’un des plus grands hubs aéroportuaires de la planète, symbole de cette cité-monde devenue au fil des années un refuge pour les grandes fortunes internationales et un carrefour majeur du trafic aérien mondial.
Les marchés financiers ont immédiatement intégré le choc géopolitique. Les principales places boursières européennes ont plongé, reflétant l’ampleur des incertitudes. La Bourse de Paris a terminé en recul de 3,46 %, Francfort a cédé 3,44 % et Londres 3,04 %. À New York, la tension était également palpable : le Dow Jones perdait 2,22 %, le Nasdaq reculait de 2,13 % et l’indice élargi S&P 500 cédait 2,07 %, après une séance de la veille où Wall Street avait encore résisté à la vague de ventes qui frappait déjà d’autres marchés.
Sur le plan sécuritaire, Washington a demandé à ses ressortissants présents dans la région – près d’un million de citoyens américains – de quitter au plus vite la zone de guerre. La tension militaire continue de monter. De l’ambassade américaine à Riyad à des centres de données du géant Amazon aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, Téhéran multiplie les attaques contre des installations liées aux États-Unis dans le Golfe. Ces frappes constituent une riposte à l’offensive militaire lancée samedi par Israël et les États-Unis contre des cibles iraniennes, une opération décrite par plusieurs observateurs comme l’une des confrontations les plus directes entre Washington et Téhéran depuis la révolution iranienne de 1979.
La réaction des marchés de l’énergie a été immédiate. Vers 14 h 50 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord bondissait de 8,34 % à 84,22 dollars, après avoir atteint 85,12 dollars, son niveau le plus élevé depuis juillet 2024. Le West Texas Intermediate (WTI) progressait de 8,82 % à 77,51 dollars.
Le choc se propage également au marché du gaz. En Europe, le contrat à terme TTF néerlandais, référence du gaz naturel sur le continent, s’envolait de 30,9 % à 58,26 euros, signe de la nervosité extrême des marchés face aux risques de rupture d’approvisionnement.
Les investisseurs redoutent désormais un choc inflationniste mondial. « Les marchés craignent un retour brutal de l’inflation, alimenté par la flambée des hydrocarbures provoquée par le conflit au Moyen-Orient », explique à l’AFP Kevin Thozet, membre du comité d’investissement chez Carmignac.
Depuis le début de la semaine, les prix du pétrole et du gaz sont tirés à la hausse par les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Ce corridor maritime voit habituellement transiter près d’un cinquième du pétrole mondial ainsi qu’une part importante du commerce de gaz naturel liquéfié provenant notamment du Qatar. La menace iranienne d’une fermeture totale de la voie maritime accentue les inquiétudes : un général des Gardiens de la révolution a affirmé lundi que l’Iran pourrait “brûler tout navire” tentant de franchir le détroit.
Pour l’Afrique, fortement dépendante des importations d’énergie et de produits alimentaires, la situation est particulièrement préoccupante. Une hausse durable du pétrole se traduirait mécaniquement par une augmentation des coûts de transport, des carburants et des denrées importées, alimentant de nouvelles tensions inflationnistes sur des économies déjà fragilisées par la volatilité des marchés mondiaux.
Au-delà du choc immédiat sur les marchés, la crise remet en lumière la fragilité structurelle du système énergétique mondial, encore largement dépendant de quelques points de passage stratégiques. Si la paralysie du détroit d’Ormuz devait se prolonger, c’est l’ensemble de la chaîne logistique mondiale – du pétrole aux conteneurs – qui pourrait se retrouver durablement perturbée, avec des répercussions sur la croissance, l’inflation et les équilibres géopolitiques.



