La guerre au Moyen-Orient, qui alimente une forte incertitude géopolitique mondiale et fait flamber les prix de l’énergie, n’a pour l’instant qu’un impact direct limité sur les assureurs africains. C’est la conclusion d’une note publiée le 6 mars 2026 par S&P Global Ratings, qui souligne toutefois que les effets indirects pourraient se renforcer si le conflit se prolonge.
Selon l’agence de notation, l’escalade militaire dans la région perturbe déjà plusieurs axes stratégiques du commerce mondial, notamment le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative des flux énergétiques mondiaux. Cette situation a entraîné une hausse des prix du pétrole et du gaz, des perturbations dans le transport maritime et aérien ainsi qu’une volatilité accrue des marchés financiers.
Pour l’heure, les assureurs africains restent relativement protégés. Leur exposition directe au Moyen-Orient – tant sur le plan des actifs que de la souscription de risques – demeure limitée. Mais S&P prévient que les répercussions économiques globales du conflit pourraient progressivement affecter la croissance, la rentabilité et la capitalisation du secteur sur le continent.
Première menace identifiée : la flambée des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. Ces facteurs pourraient entraîner une hausse du coût des sinistres, notamment dans les branches automobile, maritime, dommages, responsabilité civile et lignes spécialisées.
L’inflation, alimentée par la hausse des carburants et des pièces détachées, risque en effet de renchérir significativement les coûts de réparation et de remplacement.
Deuxième facteur de risque : l’évolution du marché mondial de la réassurance. Les lignes spécialisées – couvrant notamment les risques de guerre, l’aviation, l’énergie ou la violence politique – sont directement exposées au conflit. Si les pertes liées à ces segments augmentent, les prix de la réassurance pourraient repartir à la hausse après une récente baisse de 10 à 20 % observée lors des derniers renouvellements sur certains segments.
Cette pression sur les coûts pourrait se répercuter sur les primes d’assurance. Or, dans un marché africain caractérisé par une faible pénétration de l’assurance, une hausse trop rapide des tarifs pourrait ralentir la croissance du secteur.
S&P pointe également le risque d’un affaiblissement de la demande. Des prix élevés du pétrole et du gaz pourraient réduire le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises, entraînant un recul de la demande pour les produits d’assurance, aussi bien dans les segments vie que non-vie.
Autre source d’inquiétude : la volatilité des marchés financiers. Les portefeuilles d’investissement des assureurs restent sensibles aux chocs financiers. Dans un scénario de stress combinant inflation, fluctuations monétaires et turbulence des marchés, la solidité du capital des assureurs pourrait être mise à l’épreuve.
Enfin, une montée durable des tensions géopolitiques pourrait provoquer un repli des investisseurs vers les actifs refuges, au détriment des marchés émergents, y compris africains, ce qui pèserait sur les flux de capitaux destinés au secteur de l’assurance et de la réassurance.
Malgré ces risques, S&P estime que la solidité structurelle du secteur devrait permettre d’absorber un choc de court terme. Si le conflit reste limité dans le temps, la qualité de crédit des assureurs africains devrait demeurer globalement résiliente en 2026, grâce à des niveaux de capital généralement solides et à des caractéristiques financières jugées robustes.
En revanche, si les tensions se prolongent, les compagnies d’assurance devraient resserrer leurs politiques de tarification et de souscription, tout en renforçant leur gestion du capital et de la liquidité face à un environnement marqué par l’inflation, la volatilité des devises et l’instabilité des marchés.
Dans ce contexte incertain, S&P estime que les assureurs disposant de capitaux solides, de revenus diversifiés et d’une gestion rigoureuse actif-passif seront les mieux armés pour traverser cette période. À l’inverse, les acteurs aux positions financières plus fragiles pourraient subir davantage de pression en cas de conflit prolongé.



