Selon la note de conjoncture du quatrième trimestre publiée par la Direction générale de l’Économie et de la Politique fiscale (DEPF), à fin 2025, le secteur privé gabonais a capté près de 80 % des crédits accordés par les banques commerciales opérant dans le pays. Une évolution qui confirme son rôle de principal moteur du financement bancaire, mais qui s’inscrit dans un environnement financier de plus en plus contraint.
Le secteur privé, principal bénéficiaire du crédit bancaire
À titre d’illustration, indique la DEPF, « sur le seul quatrième trimestre 2025, les crédits au secteur privé ont progressé de 10,5 %, portant la croissance annuelle de l’encours à 9,6 % ». Ces financements représentent précisément 78,4 % de l’ensemble des prêts bancaires, sans que les autorités ne détaillent les montants correspondants.
Trois secteurs concentrent l’essentiel de cette hausse : l’électricité et le gaz, les activités extractives — notamment le pétrole et les mines — ainsi que l’agriculture. Ces branches, piliers de l’économie gabonaise, apparaissent comme les principaux bénéficiaires de l’allocation du crédit.
Recul des financements à l’État et faible accès des entreprises publiques
À l’inverse, les financements accordés à l’État se contractent nettement. Ils ont reculé de 35 % au quatrième trimestre 2025, traduisant soit une moindre sollicitation du système bancaire, soit une réorientation de la stratégie de financement public.
Les entreprises publiques restent, quant à elles, marginalisées dans l’accès au crédit, avec seulement 7,4 % du total des prêts, et ce malgré une légère progression de leur encours.
Des équilibres bancaires fragilisés
Cette expansion du crédit intervient toutefois dans un contexte de fragilisation des équilibres bancaires. Si le total du bilan des établissements de crédit a progressé de 2,2 % en 2025, les dépôts de la clientèle ont reculé de 2,9 %, accentuant les tensions de liquidité.
Plus préoccupant encore, la qualité des portefeuilles de crédit se dégrade. Les créances en souffrance ont ainsi bondi de 21,4 % sur l’année, pour atteindre 9,7 % des crédits bruts. Un niveau susceptible d’inciter les banques à durcir leurs conditions d’octroi dans les prochains mois.
Le resserrement monétaire régional renchérit le coût du crédit
À ces vulnérabilités s’ajoute un durcissement de l’environnement monétaire régional. En décembre 2025, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 4,75 %. Une décision reconduite au premier trimestre 2026 « afin de préserver la stabilité monétaire ».
Cette orientation s’inscrit dans un contexte marqué par le recul des réserves de change et la baisse du taux de couverture extérieure de la monnaie, tombé à 67 %.
Conséquence directe : le coût du crédit augmente dans l’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Selon la BEAC, le taux effectif global (TEG) moyen est passé de 9,71 % au troisième trimestre à 11,50 % au quatrième trimestre 2025. Un renchérissement qui pourrait, à terme, freiner la dynamique du crédit au secteur privé au Gabon, malgré son poids désormais dominant dans le financement bancaire.



