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France – Burkina Faso : Pourquoi Ibrahim Traoré rompt-il avec Paris ?

Entre la France et le Burkina Faso, le feu couvait depuis plusieurs mois. Le 26 juin, Ouagadougou a clarifié sa position avec l’ex-puissance coloniale en rompant ses relations diplomatiques avec Paris, avec effet immédiat. La France dispose d’une semaine pour fermer sa chancellerie. Dans un communiqué lu à la Radiodiffusion – Télévision du Burkina (RTB),…

Le capitaine Ibrahim Traoré revendique l'héritage de Thomas Sankara.

Entre la France et le Burkina Faso, le feu couvait depuis plusieurs mois. Le 26 juin, Ouagadougou a clarifié sa position avec l’ex-puissance coloniale en rompant ses relations diplomatiques avec Paris, avec effet immédiat. La France dispose d’une semaine pour fermer sa chancellerie. Dans un communiqué lu à la Radiodiffusion – Télévision du Burkina (RTB), le porte-parole du gouvernement, Gilbert Pingdwendé Ouédraogo,  justifie cette décision par l’« activisme incessant » que mènerait l’Hexagone, selon les autorités du pays, contre les intérêts du Burkina Faso et par le soutien apporté aux réseaux « subversifs ». La France, qui s’est dit inquiète par la situation burkinabè, a affirmé regretter cette décision jugée « hostile et sans fondement ».

Non-surprise

Pour soudaine qu’elle puisse apparaître cette rupture n’a surpris personne. Elle est l’aboutissement logique d’une crise sans précédent dans l’histoire de la relation franco-burkinabè depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré, en septembre 2022. Bien que tendues sous l’ère Sankara sur fond d’anti-impérialisme revendiqué, cette relation n’avait connu un tel niveau de défiance, l’ancien président du Conseil National de la Révolution (CNR) souhaitant avant tout en modifier l’architecture et la nature.

Mais autre contexte, autre époque. Bien que le capitaine Ibrahim Traoré revendique l’héritage du leader charismatique, sa décision intervient dans un climat anti-français et de rapprochement assumé avec la Fédération de Russie. Ce basculement géostratégique avait déjà valu le renvoi, en février 2023, des Forces spéciales françaises déployées dans le pays dans le cadre du dispositif Barkhane. Il s’était suivi par le renvoi de l’ambassadeur Luc Hallande, la même année, ou encore l’interruption des médias publics français ou francophones (RFI, France 24, Tv5 Monde…).

Résolution européenne

Mais le véritable point de rupture ayant soulevé l’ire du locataire du palais de Kosyam est l’intervention, le 18 juin dernier, du général et eurodéputé Français Christophe Gomart, ancien patron du renseignement militaire français de 2013 à 2017, devant le Parlement européen pour défendre une résolution dénonçant le contexte de privation de liberté au Burkina Faso, la gouvernance dans ce pays et, selon lui, les faibles résultats obtenus dans la lutte anti-djihadiste. Commandant du Commandement des Opérations Spéciales (CAS) de 2011 à 2013, Christophe Gomart avait également supervisé les forces spéciales française au tout début de l’opération Serval au Mali.

C’est dire si le profil de l’intéressé a rendu les autorités burkinabè vent debout. Qualifiée d’ »abjecte » par Ouagadougou, cette résolution a aussitôt entrainé la convocation, le 22 juin, de l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Ouagadougou, Philippe Bronchain.

La décision d’Ouagadougou vaut également pour la politique intérieure. La rupture de la relation bilatérale intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement dégradé dans cette zone sahélienne où observateurs et médias sont de plus en plus mis en coupe réglée par les trois juntes de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), confédération créée en 2023 sur un narratif antifrançais et anti-Occident.

Alors que les pouvoirs malien, nigérien et burkinabè tentent de reprendre la main ou, plus simplement, de garder le contrôle face à des groupes djihadistes de plus en plus pressants, les voix discordantes ou critiques quant à la gestion de la sécurité n’ont plus voie au chapitre.  

Adhésion des populations

Au Burkina Faso, les deux principaux groupes armés que sont le Groupe de Soutien à l’islam et aux Musulmans (JNIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS)  ne cessent de harceler les forces de sécurité, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et les populations. En outre, la situation humanitaire s’aggrave avec des millions de personnes affectées, qui se déplacent à l’intérieur du pays et qui, de plus, ont des difficultés d’accès à l’aide humanitaire. Or, la mobilisation voire l’adhésion de la population à la politique d’Ibrahim Traoré suppose une absence de regard critique. C’est le même principe qui a valu au chef de l’Etat burkinabè d’affirmer, le 2 avril dernier lors d’une émission sur la RTB, que les Burkinabè devaient oublier la « question de la démocratie ».

Reste l’attitude des deux autres alliés du Burkina. Cette rupture avec la France pourrait entrainer celle du Niger et du Mali, les trois membres de l’AES ayant fait preuve, jusqu’à présent, d’une parfaite solidarité dans l’adversité au risque d’un isolement croissant.

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