Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, ,

Pourquoi Emmanuel Macron tient son dernier sommet Afrique-France à Nairobi, au Kenya

En perte de vitesse en Afrique francophone, sa zone d’influence historique, Paris tentera, à Nairobi, les 11 et 12 mai, de faire profil bas au moment où sa position n’a jamais été aussi malmenée. Pour la première fois dans la longue série des sommets Afrique – France, nés en 1973 sous l’impulsion des présidents Georges…

Emmanuel Macron prend un bain de foule à l'université de Ouagadougou (Burkina Faso) le 28 novembre 2017. REUTERS/Philippe Wojazer.

En perte de vitesse en Afrique francophone, sa zone d’influence historique, Paris tentera, à Nairobi, les 11 et 12 mai, de faire profil bas au moment où sa position n’a jamais été aussi malmenée. Pour la première fois dans la longue série des sommets Afrique – France, nés en 1973 sous l’impulsion des présidents Georges Pompidou et Léopold Sédar Senghor, la France déporte ce grands rendez-vous dans un pays anglophone. Il s’agira aussi du dernier sommet Afrique – France d’Emmanuel Macron après dix ans de mandature.

Au Kenya, les 11 et 12 mai, le sommet « Africa Forwards : partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance », co-organisé avec les autorités de ce pays, doit faire la jonction avec le discours de Ouagadougou, en novembre 2017, le premier que l’actuel locataire de l’Elysée avait prononcé en terre africaine. Les thèmes chers à la macronie y seront abordés, qu’il s’agisse de la jeunesse, du sport, des diasporas, des investissement ou encore des nouvelles formes de financements du continent. Africa Forwards s’inscrit d’ailleurs dans la continuité du Sommet sur le financement des économies africaines de Paris en 2021, du Sommet pour le nouveau pacte financier mondial de Paris et du Sommet africain sur le climat de Nairobi en 2023, ainsi que du Sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne de Luanda en novembre 2025.

Une vingtaine de chefs d’Etat attendus

Outre les autorités françaises et kenyanes, ce grand raout doit réunir une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement du continent. Des président comme l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Sénégalais Bassirou Faye, qui profitera de sa présence pour vanter l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse prévus à Dakar, en novembre prochain, ou encore le nouveau président Béninois Romuald Wadagni, qui fera sa vraie première sortie internationale après sa victoire en avril dernier. D’autres chefs d’Etat sont également attendus à l’instar du Nigérian Bola Tinubu ; du Ghanéen John Dramani Mahama ; du Togolais Faure Gnassningé, du Djiboutien Ismaël Omar Guelleh ; du Tchadien Mahamat Idriss Déby ou encore du Rwandais Paul Kahame. Plusieurs autres ont, en revanche, décliné leur participation, certains se trouvant même, le 12 mai, à Kampala, pour l’investiture de l’Ougandais Yoweri Museveni, réélu en janvier dernier, pour un 7ème mandat. Plusieurs présidents d’organisations internationales et sous-régionales devaient faire le déplacement (BAD, UA, Cédéao, Onu…).

Les Organisations de la Société Civile (OSC) entendent peser sur les débat. Une délégation du Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP), nouvelle structure comprenant de nombreux participants au sommet Afrique-France de Montpellier, en 2021, est annoncée. Plusieurs de ces personnalités ont d’ailleurs été reçues, début mai, par le conseiller Afrique de l’Elysée, Jérémie Robert.  Cette organisation devrait être une force de proposition en vue de soutenir les programmes de formation et d’emploi, notamment des jeunes, sur le continent.

Toutefois, ce rendez-vous n’est pas du goût de tout le monde. Plusieurs organisations et formations politiques y voient le déplacement, en Afrique de l’Est, de « l’impérialisme » et du « néocolonialisme » français. Elles ont prévu de manifester et d’organiser un contre-sommet dans la capitale kényane, jugeant Africa Forwards totalement anachronique.

Nouveau partenariat, vraiment ?

Officiellement, cette rencontre doit illustrer « la richesse et le dynamisme des relations entre le continent africain et la France par la diversité des acteurs qui y prendront part », affirme le site de la présidence française. La journée du 11 mai, intitulée « Inspire and Connect », débutera par un forum d’affaires auquel 1500 opérateurs sont participeront avant des temps autour de la jeunesse. Celle du 12 mai sera largement consacrée aux questions de financement du développement et aux enjeux globaux. Les conclusions du sommet doivent ainsi nourrir la préparation du sommet du G7, que la France accueillera dans la ville d’Evian, du 15 au 17 juin.

Mais la réalité de la relation franco-africaine se trouve très éloignée de cette vitrine publicitaire. En difficulté dans son pré carré traditionnel et remercié par plusieurs pays sahélien, Paris ne cesse de perdre du terrain sur le contient. Du point de vue militaire, l’Hexagone a été fortement poussé à revoir son dispositif en étant invité par des pays en pleine recomposition de fermer ou de rétrocéder les bases existantes en Afrique (Tchad, Côte d’Ivoire, Sénégal…). Du point de vue économique, les échanges accusent un recul constant depuis 15 ans. L’Afrique sub-saharienne (48 pays) ne représente plus qu’1,8% des exportations de la France et seulement 1,9% de ses importations. Problème majeur, qui sera évoqué par Emmanuel Macron, les banques tricolores ont toutes quitté l’Afrique, avec des opérations toujours en cours à l’instar de la vente de la filiale de la Société Générale au Cameroun, ce qui pèse sur le capacité de financement des groupes tricolores.

Symbole de ce contexte et illustration des difficultés de Paris à travers, ailleurs en Afrique, les voies de son sursaut : selon le site Africa Intelligence, la France vient de perdre au Kenya l’un de ses plus importants projets. Alors que le groupe Vinci, soutenu par le fonds Meridiam, s’étaient vu attribuer, en 2019, la construction d’une autoroute dans le pays devant relier la capitale à la vallée du rift, ce projet d’1,5 milliard $, a finalement été rétrocédé par les autorités kenyanes à…la Chine. Une condition imposée par Pékin dans le cadre du projet de rallongement de la voie de chemin de fer Nairobi-Mombasa construit par l’Empire du Milieu.

Financial Afrik Premium