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Forum africain de l’eau : à N’Djamena, le pari d’une diplomatie hydrique

N’Djamena accueillera, les 15 et 16 juillet, le Forum africain de l’eau « De la vision à l’action ». L’événement s’inscrit dans la foulée du lancement, en avril, de l’initiative mondiale Water Forward par la Banque mondiale, et place le Tchad sur le devant de la scène diplomatique de l’eau. Le choix de la capitale…

N’Djamena accueillera, les 15 et 16 juillet, le Forum africain de l’eau « De la vision à l’action ». L’événement s’inscrit dans la foulée du lancement, en avril, de l’initiative mondiale Water Forward par la Banque mondiale, et place le Tchad sur le devant de la scène diplomatique de l’eau. Le choix de la capitale tchadienne survient alors que le pays multiplie, depuis plusieurs mois, projets et partenariats dans un secteur longtemps considéré comme l’un des plus fragiles de son économie.

Une initiative mondiale, une vitrine continentale

Lancée le 15 avril à Washington par le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, Water Forward ambitionne d’améliorer la sécurité hydrique d’un milliard de personnes d’ici 2030, en coordonnant réformes, financements et partenariats. Quatorze pays ont d’emblée annoncé un « pacte national pour l’eau ». La Banque mondiale s’est elle-même engagée sur 400 millions de bénéficiaires, le solde devant venir de ses partenaires (banques régionales de développement, fonds bilatéraux, acteurs privés).

C’est dans ce cadre que s’inscrit le Forum de N’Djamena, annoncé le 22 mai par le ministre d’État chargé des Finances, Tahir Hamid Nguilin, et le représentant résident de la Banque mondiale au Tchad, Farouk Mollah Banna. L’événement doit réunir décideurs, bailleurs et experts autour des solutions de gouvernance de l’eau sur le continent, un choix qui met en avant les atouts hydriques tchadiens (lac Tchad, bassin de Nubie, grands fleuves transfrontaliers) autant que les défis qui y sont liés. Pour les autorités, cette attribution s’apparente aussi à un retour progressif sur la scène internationale, amorcé à Abou Dhabi en novembre 2025 avec la présentation du plan « Tchad Connexion 2030 », et entretenu par une diplomatie active du ministre Nguilin, des Spring Meetings du FMI au Forum économique Tchad-France prévu en septembre et co-organisé avec le Medef.

Des chantiers qui sortent de terre

Sur le terrain, les annonces se sont accélérées. Le 22 juin, le conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé un don de 160 millions de dollars pour le Projet d’appui à la sécurité de l’eau et à la résilience au Tchad (PASER), censé toucher un million de personnes, notamment dans les provinces accueillant des réfugiés soudanais. En janvier, un protocole d’accord a été signé avec le groupe français Suez, dans le cadre de l’objectif gouvernemental d’accès universel à l’eau potable d’ici 2030, soit onze millions de personnes supplémentaires desservies en quatre ans. Un autre financement de la Banque mondiale, de 100 millions de dollars, est en préparation pour le projet Almé Djah, également consacré à l’accès à l’eau potable.

D’autres réalisations, plus modestes mais tangibles, se sont multipliées dernièrement : châteaux d’eau inaugurés fin mai en Tandjilé-Ouest (sud-ouest du pays), extension du réseau d’Abéché, deuxième ville du pays, via le projet Biteha 2, infrastructures hydrauliques mises en service à Wee et Ourda (est du pays). À N’Djamena, le projet PILIER, doté de 13 millions de dollars, a permis en 2024 d’éviter une catastrophe lors d’une saison des pluies à haut risque, deux ans après des inondations ayant fait plusieurs centaines morts dans le pays.

Le PND 2030, une ambition chiffrée mais conditionnée

Ces chantiers s’inscrivent dans la dynamique lancée par le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », dont le volet hydrique vise un accès universel à l’eau potable et 60 % d’accès à l’assainissement. L’addition est connue : 2,9 milliards de dollars de besoins de financement, pour rendre 23 provinces autosuffisantes en eau, porter la disponibilité en eau à N’Djamena à 150 000 m³ par jour et irriguer 100 000 hectares de terres, contre 46 000 aujourd’hui. Le plan prévoit aussi une restructuration de la Société tchadienne des eaux et la création d’un régulateur pour le secteur privé.

C’est cette feuille de route que le gouvernement entend mettre en avant lors du Forum de juillet, dans l’espoir d’attirer davantage de financements et de consolider sa crédibilité auprès des agences de notation. S&P a confirmé en mars la note souveraine du Tchad à B-, perspective stable.

Reste que la marche est haute. Le taux d’accès à l’eau potable, établi à 63,5 % selon des données remontant à 2023, recouvre de fortes disparités entre provinces et entre zones urbaines et rurales, que les autorités entendent justement résorber via la restructuration de la Société tchadienne des eaux et l’ouverture du secteur au privé prévues par le PND. L’assainissement, encore limité à 23 %, fait l’objet d’objectifs comparables à l’horizon 2030. Certains projets doivent encore surmonter des contraintes de financement.

Le Forum africain de l’eau offrira au Tchad une tribune inédite ; la transformation durable de ces ambitions en accès effectif à l’eau pour les populations se jouera, elle, dans les années qui suivront.

Financial Afrik Premium