Depuis l’annonce, début janvier, du départ à la retraite d’Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), la question du profil de son successeur intéresse plus d’un. Les premières candidatures émergent, et le processus de sélection a officiellement ouvert fin janvier 2026.
Depuis son arrivée à la tête du département Afrique en 2016, l’Ethiopien Abebe Aemro Selassie aura traversé, avec le continent, les turbulences les plus sévères de sa récente histoire économique : la pandémie de Covid-19, la flambée inflationniste mondiale, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les bouleversements du commerce international liés aux nouvelles politiques protectionnistes américaines.
Sous sa direction, le FMI a accompagné 45 pays d’Afrique subsaharienne, répondant à une demande de programmes sans précédent. Son bilan comprend également une avancée institutionnelle historique : la création d’un 25e siège au conseil d’administration du FMI, renforçant la voix de l’Afrique subsaharienne au sein de l’institution. Diplômé de la London School of Economics, Abebe Aemro Selassie, fort de ses 32 ans de carrière au sein du Fonds, quittera définitivement ses fonctions le 1er mai 2026. La directrice générale Kristalina Georgieva a salué en lui « une vision stratégique et un talent diplomatique qui ont laissé une empreinte durable » sur les travaux du Fonds en Afrique.
Depuis 2016, l’Ethiopien – qui a succédé à la Libérienne Antoinette Sayeh (2008 – 2016) – a ainsi dirigé l’un des plus importants départements du FMI, tant par le nombre de pays couverts que par les enjeux géopolitiques et économiques qu’il englobe. Par tradition non écrite, ce poste est confié à un ressortissant du continent africain.
Abdourahmane Cissé, technocrate aguerri
Selon « Africa Intelligence », les équipes de Kristalina Georgieva ont été mobilisées sur ce dossier « depuis plusieurs semaines », et plusieurs candidatures se sont déjà formellement déposées. Parmi elles, l’on cite Abdourahmane Cissé, l’ancien ministre ivoirien présenté comme le candidat le plus en vue. Né en 1981 à Abidjan, ce polytechnicien a commencé sa carrière comme trader chez Goldman Sachs International à Londres, avant de répondre à l’appel du président ivoirien Alassane Ouattara et de rentrer au pays en 2011.
Au gouvernement, il a été tour à tout ministre du Budget et du Portefeuille de l’État (2013-2017), ministre du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies renouvelables (2018-2021), puis Secrétaire général de la Présidence ivoirienne (2021-2024), un poste au cœur du pouvoir à Abidjan. Reconnu par le Forum économique mondial parmi les « Young Global Leaders » de 2017, celui qui a également officié en tant que ministre conseiller spécial auprès du président de la République, chargé des Affaires économiques et financières, est perçu comme un technocrate aguerri, doublé d’un diplomate habile.
Plus révélateur encore de ses ambitions : Abdourahmane Cissé a quitté Lazard Frères début février 2026, à peine un an après y avoir été recruté comme Senior Advisor pour relancer les activités africaines de la banque d’investissement. Une démission interprétée dans les milieux financiers comme un signe clair de sa volonté de se consacrer pleinement à sa candidature au FMI.
Le Ghanéen Maxwell Opoku-Afari également cité
L’autre candidature confirmée – et citée dans les médias – est celle du Dr Maxwell Opoku-Afari, économiste ghanéen d’envergure internationale. Sa candidature s’appuie sur un double atout rarement réuni : une connaissance intime du FMI de l’intérieur, et une expérience de premier plan au sein d’une banque centrale africaine majeure.
Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Nottingham (Royaume-Uni), Maxwell Opoku-Afari a travaillé au sein du département Afrique du FMI pendant environ huit ans avant d’être nommé premier vice-gouverneur de la Banque centrale du Ghana en août 2017, poste qu’il a occupé jusqu’en février 2025. Il a ensuite rejoint, en octobre 2025, le Finance for Development Lab à Paris en qualité de chercheur associé non résident, poursuivant des travaux sur la stabilité financière, la soutenabilité de la dette et le développement économique en Afrique.
D’autres noms pourraient émerger
Sa candidature, mentionnée par Jeune Afrique, repose sur une connaissance fine du fonctionnement interne de l’institution, entre autres.
A noter que le processus de sélection du prochain Monsieur Afrique du FMI relève de la seule décision de la directrice générale, qui devra tenir compte à la fois des profils académiques et techniques des candidats. Par ailleurs, que le processus de candidature étant confidentiel, d’autres noms pourraient émerger dans les prochaines semaines.



