Par Sophie Coulibaly Mbengue, PDG de Kapit GROUP, intermédiaire agréée en Opérations de Banque
Le Sénégal regorge d’entrepreneurs audacieux, d’initiatives innovantes et d’un marché en pleine expansion. Pourtant, le financement des PME/PMI demeure le talon d’Achille de notre économie. Malgré l’existence de nombreux dispositifs d’appui, la majorité des entrepreneurs sénégalais font face à un mur : celui d’un système financier inadapté à leurs réalités. Les solutions exogènes, souvent calquées sur des modèles occidentaux, peinent à produire l’impact escompté. Il est temps de penser autrement, d’agir autrement : nous devons bâtir un écosystème financier endogène et inclusif, en phase avec nos dynamiques locales.
Un système financier déconnecté des réalités des PME sénégalaises
Aujourd’hui, le financement des PME repose principalement sur trois piliers : les banques, les institutions de microfinance et quelques fonds d’investissement. Mais ce triptyque montre rapidement ses limites :
• Des banques frileuses et élitistes : Exigences de garanties excessives, coûts du crédit prohibitifs, et une vision court-termiste axée sur la rentabilité immédiate.
• Une microfinance à bout de souffle : Alors qu’elle était censée être un levier d’inclusion, la microfinance s’est souvent enfermée dans une logique de crédits à la consommation, délaissant le financement structurant des PME.
• Un capital-investissement embryonnaire : Trop peu d’acteurs, un ticket d’entrée élevé et une culture du risque quasi inexistante.
Le résultat est que 85% des PME sénégalaises n’ont pas accès au financement structurant dont elles ont besoin pour croître!
Évoluons vers un modèle financier adapté à notre économie
L’urgence est de construire une alternative qui repose sur des mécanismes endogènes et inclusifs, en s’appuyant sur nos propres ressources, nos dynamiques économiques et nos modèles communautaires. Nous avons identifié trois pistes d’action majeures :
1. Institutionnaliser la finance islamique pour l’entrepreneuriat
Le Sénégal, avec une population majoritairement musulmane, a un potentiel énorme pour la finance islamique. Pourtant, son intégration dans le financement des PME reste marginale. Mourabaha, Moudaraba, Ijara : ces outils permettent de financer sans alourdir l’entrepreneur avec des taux d’intérêt prohibitifs, tout en partageant le risque.
– Proposition : Développer des fonds de financement participatif islamiques accessibles aux PME locales, adossés aux institutions bancaires et aux capitaux de la diaspora.
2. Mobiliser l’épargne locale et la diaspora comme levier de financement
Chaque année, les Sénégalais de la diaspora envoient plus de 2 000 milliards de FCFA au pays, dont l’essentiel sert à la consommation. Il est impératif de structurer ces flux vers l’investissement productif.
Plus concrètement, il s’agit de créer des “Fonds d’Investissement Populaire” bien structurés où l’épargne locale et celle de la diaspora financeraient directement des PME à fort potentiel, avec des mécanismes de garantie mutualisée.
3. Digitaliser l’accès au financement
L’Afrique a su démontrer que la digitalisation peut révolutionner les services financiers (exemple : mobile money). Pourquoi ne pas appliquer cette approche au financement des PME ? En mettant en place par exemple une plateforme de financement participatif réglementée, où les investisseurs locaux et étrangers pourraient directement financer des PME évaluées et certifiées.
4. Créer un écosystème solidaire et résiliant oú les bailleurs de fonds internationaux et les banques peuvent financer les fonds d’investissement génériques ou spécialisés tout en les accompagnant dans la maîtrise des risques. Dans cet écosystème, la formation doit jouer un rôle primordial afin d’accompagner le financement par l’éducation financière.
FIRIFINANCE : Le cadre d’action pour structurer ces solutions
Lors de la prochaine édition de FIRIFINANCE, nous réunirons banques, investisseurs, régulateurs, chercheurs et entrepreneurs autour d’un objectif commun : structurer des solutions endogènes et inclusives pour le financement des PME sénégalaises.
Loin des modèles importés qui échouent à produire un impact réel, nous devons créer nos propres instruments, adaptés à nos réalités et à notre vision du développement. L’avenir économique du Sénégal ne se construira pas dans les salles de conseil des institutions internationales, mais au cœur de nos territoires, au plus près des entrepreneurs qui font vivre notre économie.
Il est temps d’agir. Il est temps d’investir en nous-mêmes.



