Addis-Abeba, 8 septembre 2025 – À l’ouverture du deuxième sommet africain sur le climat (2nd Africa Climate Summit (ACS2)), le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh a livré un discours ambitieux appelant l’Afrique à « changer de paradigme » en matière de développement et à placer la transition énergétique au cœur de ses priorités. Pour le chef de l’État, la finance carbone représente une clé stratégique pour renforcer la souveraineté du continent dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Une vision souveraine de la finance climatique
« Notre réponse doit être à la hauteur de l’urgence », a déclaré le président, avant de souligner l’expérience pionnière de Djibouti avec la création, il y a deux ans, de l’Agence Souveraine du Carbone. Inspirée du principe du « pollueur-payeur », cette agence prélève des contributions carbone auprès des transporteurs maritimes et aériens internationaux traversant ses eaux et son espace aérien, à l’instar du système de quotas carbone européen (EU ETS). Ces contributions sont ensuite transformées en projets d’adaptation destinés aux communautés les plus vulnérables.
Le président Guelleh a rappelé que l’Agence avait déjà financé plus de 50 projets concrets dans les domaines de l’eau, de la santé, de l’éducation et de l’environnement. Parmi eux : des unités mobiles de dessalement, des hôpitaux de proximité, l’électrification solaire de 24 écoles et la restauration de 15 000 mangroves. Autant d’initiatives qui, selon lui, démontrent que « l’Afrique peut concevoir ses propres mécanismes innovants de financement climatique ».
Un appel continental
En citant l’exemple de son pays, mais aussi celui du Gabon, pionnier de la finance carbone forestière, Ismaïl Omar Guelleh a invité l’ensemble des pays africains à s’inspirer de ce modèle. « Harmonisée à l’échelle continentale, cette contribution pourrait constituer un maillon essentiel dans la chaîne du financement de la transition écologique », a-t-il plaidé.
L’enjeu est considérable : selon le premier rapport national climat-développement de Djibouti, le pays risque de perdre jusqu’à 6 % de son PIB annuel d’ici 2050 à cause des aléas climatiques. À l’échelle continentale, les pertes de croissance liées au climat sont déjà estimées à près de 3 % du PIB africain chaque année.
Une bataille financière mondiale
Au-delà du plaidoyer technique, le président Guelleh a insisté sur le déséquilibre criant des flux financiers mondiaux. « Aujourd’hui, moins de 12 % des financements verts atteignent l’Afrique, alors que c’est le continent le plus vulnérable », a-t-il dénoncé. Rappelant l’accord conclu lors de la COP29 à Bakou pour tripler les financements en direction des pays en développement, il a exhorté les partenaires internationaux à aller plus loin et à consolider des mécanismes novateurs tels que l’échange dette contre investissement vert.
Le leadership djiboutien dans la finance carbone
En positionnant Djibouti comme un laboratoire de la finance carbone souveraine, Guelleh inscrit son pays dans une dynamique stratégique. Situé au carrefour du commerce maritime mondial, Djibouti capte ainsi une partie de la rente carbone du transport international pour financer sa résilience interne. Une innovation qui, si elle était généralisée à l’échelle continentale, pourrait transformer la capacité de l’Afrique à autofinancer sa transition énergétique et sociale.
« L’Histoire nous jugera sur ce que nous aurons fait ou manqué de faire », a conclu le président. Dans un sommet dominé par la quête de financements climatiques crédibles, le message djiboutien résonne comme un signal fort : l’Afrique ne se contente plus de plaider, elle invente ses propres instruments financiers pour ne pas rester en marge de la transition mondiale.



