La société allemande Veridos Identy Solutions , spécialisée dans la fabrication et la fourniture des solutions d’identification sécurisées, laquelle avait signé un contrat de fourniture de cartes d’identité scolaire avec la République démocratique du Congo (RDC) il y a 7 ans, se trouve en arbitrage avec l’Etat après la suspension du projet dans sa phase pilote. Les deux parties avaient révisé le contrat en 2023. Décryptage.
C’est en 2017 que la RDC et Veridos ont signé le contrat dont une phase pilote fut lancée afin d’identifier l’ensemble des élèves du pays à travers la délivrance d’une carte d’identité d’élève. Selon nos sources, dans le contrat initial, l’obtention de la carte était fixée à 5 dollars. Ce sésame scolaire était à la charge des élèves selon les dispositions du contrat conclu en 2017.
Mais, avec l’arrivée du président Félix Tshisekedi en 2019 et la désignation de Tony Mwalba à la tête du ministère de l’Enseignement primaire et secondaire, ce dernier n’avait ménagé aucun effort pour obtenir la révision du contrat. Objectif affiché, que le coût de la carte ne soit non plus supporté totalement par l’élève, mais plutôt par l’Etat à travers une subvention dans la dynamique d’être en harmonie avec la vision du chef de l’Etat qui avait décrété la gratuité de l’enseignement au niveau primaire.
C’est dans cette optique que la firme allemande « Veridos, devant identifier les élèves de la RDC via les cartes biométriques, formula à posteriori une nouvelle offre compatible avec la vision du chef de l’État et les axes prioritaires du gouvernement », révéla l’ancien ministre Tony Mwaba, opposé à sa « version initiale, qui était incompatible avec la réforme phare de la gratuité de l’Enseignement ».
En effet, le ministre sortant de l’enseignement, lors de l’évaluation de ce projet, avait indiqué en son temps avoir « orienté le projet Veridos selon les priorités du gouvernement de la RDC afin que la pays puisse avoir la maîtrise des effectifs des écoles publiques et privées, la maîtrise des effectifs des enseignants et la maîtrise de tous les agents de l’EPST pour éviter les fictifs ».
Tony Mwaba indiqua alors : « quand je suis arrivé à la tête du ministère, j’ai vu ce projet (Veridos) avec un paiement qui avait même été déjà ordonné. J’ai stoppé pour demander que les choses rentrent d’abord à la banque », contrairement à ce qu’a affirmé Jules Alingete, chef de l’Inspection générale des finances (IGF).
« L’inspecteur général des finances m’avait demandé de laisser passer cela. Je l’ai dit, je le répète, je n’ai pas menti. Le paiement avait été retourné à la banque centrale, il y a des preuves ». Parce que « Veridos voudrait nous aider à identifier les élèves pour un coût (2 millions d’euros) que j’avais trouvé exorbitant et qui devrait être supporté par les élèves, y compris au niveau primaire où la gratuité, non négociable, doit être observée scrupuleusement ».
Pour l’instant, « nous attendons que l’avis de non objection nous soit donné pour que finalement je puisse apposer ma signature sur ce contrat ». C’est ce qui fut arrêté par la suite et un accord, selon nos sources, fut même trouvé lors d’une rencontre à la primature entre les deux parties en présence du premier ministre sortant Sama Lukonde.
Selon Veridos, à l’issue de toutes les démarches engagées en vue de lancer la phase opérationnelle du projet, le ministre Tony Mwamba s’était rétracté et n’a plus jusqu’à son départ apposé sa signature sur le contrat de démarrage. De son côté, Veridos a multiplié les rencontres avec les autorités congolaises en vain.
Le chancelier allemand qui fut ministre des finances à l’époque de la signature du contrat en 2017 et patron de Veridos aurait, lors d’une visite du président Tshisekedi à Berlin, évoqué la question sans évolution majeure.
Il sied de noter que le conseiller spécial en matière de sécurité du président Tshisekedi fut mandaté par ce dernier pour trouver une solution en vue d’éviter que le litige soit porté devant les tribunaux. Aux dernières nouvelles, le dossier qui remonte à la primature de Sama avant son départ et même avec la nouvelle PM n’a pas connu un dénouement cordial.
Au regard de tout ce qui précède, Veridos qui lorgnait également le projet de fourniture de cartes d’identité biométrique en RDC s’est retrouvé dans une situation de lassitude et a décidé de porter l’affaire en arbitrage à Paris.
Les Allemands estiment avoir rempli leur part, ce qui ne serait pas le cas de la RDC qui depuis 7 ans traîne les pas. Toutefois, selon nos sources, Veridos n’a totalement pas fermé la porte car selon ses conseils, l’arbitrage peut être suspendu à tout moment, notamment dès l’instant où le Congo accepterait de revenir à la table de négociations.



