Par Rodrigue Fenelon Massala
En marge du sommet États-Unis–Afrique convoqué par le président Donald Trump et axé sur les minéraux critiques, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a marqué une étape diplomatique majeure. Le 8 juillet 2025 à Washington, il a supervisé la signature d’un accord stratégique entre l’État gabonais et l’entreprise américaine Millenial Potash. Ce partenariat porte sur le développement du gisement de potasse de Mayumba, situé dans la province méridionale de la Nyanga, pour un montant total de 500 millions de dollars.
La première tranche de financement, estimée à 5 millions de dollars, sera dédiée aux études de faisabilité, avant un déploiement progressif des fonds pour le développement industriel et les infrastructures connexes. Ce projet s’inscrit dans une dynamique de souveraineté minière et de diversification économique, pilier du programme du président Oligui.
Un gisement stratégique au cœur de la géopolitique des engrais
La potasse, composant essentiel de la fabrication d’engrais, est désormais classée parmi les ressources critiques, à la croisée des enjeux agricoles et géopolitiques. Face à une demande mondiale croissante, en particulier en Asie et en Afrique, la maîtrise de cette ressource devient un levier de puissance. Le gisement de Mayumba, identifié comme l’un des plus importants d’Afrique centrale, pourrait permettre au Gabon de s’imposer parmi les rares producteurs africains de potasse, réduisant sa dépendance aux importations et renforçant son poids régional.
Cette ressource offre également un outil diplomatique. En développant une capacité d’exportation vers les pays voisins comme le Congo, le Cameroun ou la RDC, le Gabon pourrait devenir un fournisseur stratégique en Afrique centrale. À plus long terme, la potasse pourrait servir de levier dans ses relations avec des puissances comme la Chine, la Russie ou le Brésil, qui lorgnent également sur les minéraux critiques.
Un moteur de transformation économique locale
Au-delà des considérations géopolitiques, le projet de Mayumba est une opportunité de diversification pour l’économie gabonaise, encore dominée par le pétrole et le manganèse. Il s’aligne sur la vision présidentielle d’un développement axé sur la transformation locale des ressources naturelles et la montée en gamme de l’appareil productif.
L’exploitation du gisement nécessitera des investissements structurants en matière de routes, d’énergie, de logistique portuaire et ferroviaire. Ces chantiers pourraient redynamiser la province de la Nyanga, souvent marginalisée, à travers la création d’emplois qualifiés, la formation de techniciens et le développement d’un tissu industriel connexe.
Souveraineté et cadre juridique en ligne de mire
Toutefois, pour maximiser les retombées de ce projet, le Gabon devra renforcer son cadre juridique minier afin de garantir une exploitation équilibrée, durable et souveraine. L’ouverture à des investisseurs étrangers ne doit pas se traduire par une perte de contrôle stratégique. La transparence contractuelle et le partage équitable des bénéfices seront décisifs.
En somme, le gisement de potasse de Mayumba constitue bien plus qu’un projet minier : c’est un instrument de puissance pour un Gabon qui entend peser davantage dans le jeu africain et global. À condition d’en maîtriser les enjeux.



