Le Sommet Africain du Commerce et de l’Investissement, Ifrane Forum, prépare sa 8ᵉ édition en 2025, mettant en avant les opportunités de collaboration et de développement sur le continent. Dans cet entretien, sa présidente, Khadija Idrissi Janati, revient sur l’évolution de l’initiative, son engagement en faveur d’une diplomatie économique renforcée et la valorisation des réussites africaines.
Propos recueillis par Amadjiguéné Ndoye
Qu’est-ce qui motive votre visite aujourd’hui à Dakar, la capitale sénégalaise ?
Tout d’abord, merci pour votre intérêt pour Ifrane Forum. Cette visite marque la première étape d’une tournée dans plusieurs pays du continent. L’objectif est de consolider les relations entre Ifrane Forum avec les opérateurs du Sénégal et de les renforcer avec des partenariats institutionnels stratégiques, pour un impact plus fort et plus durable.
Elle marque l’occasion de rencontrer des institutions publiques et privées qui jouent un rôle clé dans le paysage économique du pays, et explorer ensemble les opportunités d’une collaboration rapprochée au service des entreprises sénégalaises. Nous avons eu des échanges très constructifs, et avons été heureux de constater le soutien exprimé par les institutions sénégalaises envers Ifrane Forum notamment avec l’Agence Nationale chargée de la Promotion de l’Investissement et des Grands Travaux et la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar. Nous avons perçu un enthousiasme et une volonté partagés de renforcer les synergies. Les perspectives sont prometteuses.
2025 est une année particulière pour Ifrane Forum. Elle connaîtra la tenue de la 8eme édition qui se veut tournée vers l’avenir, qui mettra en avant les réussites du continent et explorera les opportunités de co-construction pour relever ensemble les défis du continent. Elle se tiendra comme chaque année à Ifrane, au Maroc, dans un contexte particulier ou le pays accueille la Coupe d’Afrique des Nations de Football ; un contexte idéal pour ouvrir le débat sur des secteurs porteurs comme le sport et les industries culturelles et créatives, devenus des vrais leviers de développement économique et social pour le continent.
Quelles sont les motivations qui ont conduit à la création de l’Ifrane Forum ?
A son lancement en 2016, Ifrane Forum s’est donné comme mission principale de jouer le rôle de catalyseur de la coopération économique entre les pays d’Afrique, avec un accent mis sur le secteur privé. L’idée est venue de constats majeurs. Le premier est le faible niveau des échanges commerciaux intra-Afrique. En effet, ce taux ne dépassait pas les 13% à l’époque, en comparaison avec l’Amérique latine à titre d’exemple, où plus de 45 % du commerce s’effectue entre les pays de la sous-région.
Avec 54 pays africains et une population en constante évolution, dont une grande part est jeune, le potentiel est infini.
Le deuxième constat était l’absence de rencontre ou d’événement économique dédiés à l’Afrique et à ses problématiques propres. La tendance était aux sommets bilatéraux entre l’Afrique et ses grands partenaires commerciaux comme l’Union Européenne ou la Chine ou l’Inde. Nous avons ressenti la nécessité de lancer une initiative par et pour les Africains, permettant de s’exprimer dans un langage authentique et avec une vision ancrée dans la réalité du continent, pour développer des solutions gagnant-gagnant pour tous les pays.
Le forum s’est donc positionné comme un espace de rencontre, d’échange et de collaboration pour les dirigeants et dirigeantes de Petites et Moyennes Entreprises (PME) africaines afin de mieux se connaître et ainsi de travailler efficacement ensemble.
Comment la prochaine édition de l’Ifrane Forum prévue au 4eme trimestre de 2025 compte-t-elle se distinguer des précédentes ?
L’édition 2025 se distinguera par sa thématique et son format. Elle s’étendra sur 3 jours, avec une première journée consacrée à la réflexion, à travers divers ateliers, tables rondes thématiques et débats restreint avec des expert.e.s, qui donneront lieu à des analyses et recommandations. Les 2 jours proposeront un format plus ouvert avec des plénières, des conférences et des B to B.
La thématique dévoilera un autre visage de l’Afrique, un continent innovant, vibrant, ambitieux et créatif. Elle mettra en avant les réussites du continent dans divers secteurs notamment l’énergie, l’éducation, la santé, la technologie, en autres. En capitalisant sur l’expérience de certains pays pour offrir aux Africains une perspective d’avenir meilleure. Une attention particulière sera portée à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et ses avancées, que nous considérons comme un outil essentiel d’intégration économique et sociale. Les débats exploreront comment le continent peut capitaliser sur ces réussites pour accélérer son développement.
Comment Ifrane Forum catalyse-t-il la diplomatie économique en réunissant acteurs économiques et diplomates pour renforcer le commerce et le développement en Afrique ?
En tant que rencontre à vocation économique et vitrine des réalisations du continent, Ifrane Forum se positionne également comme véhicule de diplomatie économique africaine. Convaincus de l’importance grandissante du volet économique dans le rapprochement des nations et la facilitation de leur collaboration, nous avons ouvert des espaces d’échange avec les représentants diplomatiques des pays africains, dont les missions ont évolué pour intégrer, en plus de leurs attributions de représentation, un volet économique et de développement, notamment en renforçant les échanges et les liens commerciaux entre leurs pays d’origine et le pays où ils exercent leurs fonctions. Ils deviennent ainsi partie prenante du développement économique.
Nous avons amorcé cette réflexion lors d’un panel à l’édition précédente et l’avons renforcée avec le lancement des Ifrane Forum Diplomatic Series, des tables rondes restreintes pour explorer le rôle et les efforts de la diplomatie dans le développement économique. Une session a eu lieu en octobre 2024 à Rabat, sous le thème de « La Diplomatie Économique Africaine : Renforcer la coopération régionale à travers des stratégies diplomatiques » et a accueilli des Ambassadeurs du Kenya, du Tchad, du Rwanda et du Burkina Faso, ainsi que de représentants d’institutions telles que la BAD, la CGEM, l’AMDIE et la Chambre de Commerce de Rabat et des acteurs économiques de premier plan. Lorsqu’une vingtaine d’ambassadeurs et de représentants diplomatiques de différents pays se retrouvent autour d’une table, des idées émergent naturellement et des opportunités de synergies se créent. C’est, à notre avis, le rôle fondamental du forum : être un catalyseur de réflexion et de coopération.
La prochaine édition d’Ifrane Forum Diplomatic Series se tiendra à Bruxelles en Avril 2025 dans le but de comprendre comment la diplomatie africaine s’active auprès de l’Union Européenne et identifier les possibilités de synergies et d’harmonisation des efforts afin de porter une voix unifiée du continent, au service d’une Afrique prospère.
Quelles sont les initiatives que vous mettez en avant pour l’émergence des champions africains dans les secteurs stratégiques du continent ?
Les éditions précédentes d’Ifrane Forum nous ont donné l’opportunité de découvrir des personnes engagées, des projets innovants, des initiatives impactant au profit du continent ; des PME, start-up, associations, chercheurs, journalistes et bien d’autres qui utilisent leur savoir, leurs moyens ou leur voix pour faire avancer l’Afrique. Cela nous a inspirés à lancer une nouvelle initiative, baptisée Spotlight Africa, une plateforme qui mettra en avant, chaque année, des personnes et des initiatives à fort impact sur le continent, pour leur donner de la visibilité et les positionner comme modèles de réussite. La mise en avant de ces initiatives permettra non seulement d’accroître leur visibilité, mais aussi d’inspirer d’autres personnes et de susciter l’envie d’y croire et d’agir. Nous partons du principe que ce sont les talents et les forces vives du continent qui peuvent le faire évoluer.
Cette publication annuelle, dont la première édition paraîtra en 2025, ne sera limitée ni en nombre ni en âge. Son fil conducteur sera l’engagement pour le continent et l’impact tangible des initiatives mises en place. Nous mettons l’accent sur des projets évolutifs et adaptables à grande échelle, capables d’être déployés sur plusieurs pays pour servir le continent de manière durable.
Ifrane Forum met les femmes et les jeunes au cœur de son action. Chaque édition, nous accueillons des femmes cheffes d’entreprises, expertes, militantes, responsables politiques, artistes et autres pour partager leurs perspectives et faire entendre leurs voix, en tant que forces motrices dans le développement du continent. Nous avons initié, en marge d’Ifrane Forum, un réseau de femmes africaines possédant une expérience avérée dans le secteur privé ou public et ayant la capacité de diriger des institutions africaines. L’objectif est d’accompagner leur élan et de leur offrir un espace d’échange et d’enrichissement mutuel afin de contribuer à renforcer leur leadership sur le continent.
Les jeunes entrepreneurs ont également leur place dans les panels et les tables de discussion d’Ifrane Forum pour partager leurs idées ou présenter leurs solutions. Le Forum se veut ainsi un moteur de transformation, contribuant au développement du continent en valorisant son savoir-faire et en renforçant les synergies entre ses acteurs.
Quels sont vos autres challenges ?
Depuis 2016, le réseau solide porté par les membres actifs du Board d’Ifrane Forum nous permet d’amplifier notre impact. Convaincus que la synergie et la proximité avec les acteurs locaux sont essentielles pour obtenir des résultats concrets et durables, nous mettons désormais l’accent sur le développement de points focaux par pays. Cette approche nous permettra d’affiner notre compréhension des dynamiques locales et d’adapter nos initiatives pour une plus grande efficacité.
Quel est le rôle du Maroc dans cette dynamique africaine ?
Le Maroc, avec son développement et ses infrastructures, offre une image représentative des progrès du continent. Les infrastructures du pays, comme le port de Tanger Med classé parmi les meilleurs au monde et l’opérationnalisation prochaine des ports de Dakhla Atlantique et Nador West Med, l’industrialisation du pays notamment dans les secteurs de l’automobile où il occupe actuellement le premier rang sur le continent, la mise en place du premier TGV en Afrique, illustrent l’engagement du Maroc sur la voie du développement. Le lancement d’initiatives continentales comme l’offre marocaine en faveur des Pays les Moins Avancés (PMA) d’Afrique qui exonère en partie en ou en totalité certains produits en provenance de 33 pays d’Afrique des droits d’importation, ou l’initiative d’adaptation de l’agriculture africaine (AAA) érigée en priorité de la Présidence marocaine pour la COP22, ou encore l’Initiative de l’Afrique atlantique initiée par le Maroc et visant la création des conditions nécessaires pour la construction d’une région Afrique/Atlantique stable, prospère et tournée vers la mer, illustre l’intérêt porté par le Maroc pour le continent et ses actions pour partager son expertise et favoriser l’intégration économique et sociale.
Le Maroc s’est progressivement imposé comme un acteur majeur sur le plan diplomatique et économique en Afrique. Ce positionnement découle d’une vision stratégique énoncée dès l’ascension du Roi Mohammed VI au trône, et d’une approche concrète mise en œuvre à travers des initiatives fortes. À travers 56 visites effectuées dans 29 pays d’Afrique et plus d’un millier d’accords de partenariat signés. Le Maroc a mis les bases d’une coopération sud-sud modèle avec l’implication des acteurs marocains dans divers secteurs, notamment l’eau, l’électricité, les télécommunications, les infrastructures… Ce succès repose sur une approche cohérente et sur un leadership incarné au plus haut niveau de l’État. L’exemple marocain démontre que lorsqu’une vision est accompagnée d’actions concrètes et d’un engagement sincère, elle peut générer un impact durable.



