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En France, Hapsatou Sy fait plier Éric Zemmour : condamnation définitive

Paris, 2 septembre 2025. Dans une salle d’audience solennelle, la Cour de cassation a mis un point final à une bataille judiciaire qui aura duré plus de sept ans. La plus haute juridiction pénale française a rejeté le pourvoi formé par Éric Zemmour, confirmant sa condamnation pour injure publique à caractère racial à l’encontre de…

Hapsatou Sy face à Éric Zemmour : « Tu ne m’appelleras plus jamais Corinne »

Paris, 2 septembre 2025. Dans une salle d’audience solennelle, la Cour de cassation a mis un point final à une bataille judiciaire qui aura duré plus de sept ans. La plus haute juridiction pénale française a rejeté le pourvoi formé par Éric Zemmour, confirmant sa condamnation pour injure publique à caractère racial à l’encontre de l’animatrice et entrepreneure Hapsatou Sy. « Les juges ont dit que les mots avaient un poids, que les insultes n’étaient pas des opinions et que la liberté d’expression n’autorisait pas l’humiliation », a réagi cette dernière, émue, en parlant d’« une page de notre République qui s’écrit ». La formule résume bien l’ampleur symbolique de cette affaire, où s’est jouée une partie de la définition contemporaine des frontières de la liberté d’expression en France.

Le déclencheur : septembre 2018, un prénom devenu affaire d’État

Tout commence en septembre 2018 sur le plateau de l’émission Les Terriens du dimanche !, animée par Thierry Ardisson et diffusée sur C8. Invitée régulière, Hapsatou Sy se retrouve face à Éric Zemmour, polémiste connu pour ses positions radicales sur l’immigration et l’identité. L’échange dégénère rapidement : « Votre mère a eu tort, elle aurait mieux fait de vous appeler Corinne », lance Zemmour. Hapsatou Sy lui rétorque que ses propos sont une insulte à la France. Zemmour, imperturbable, conclut : « Mademoiselle, c’est votre prénom qui est une insulte à la France ».

Ces propos, jugés trop sulfureux, sont coupés au montage par la chaîne. Mais Hapsatou Sy prend l’initiative de publier la séquence sur ses réseaux sociaux, déclenchant un tollé médiatique et politique. Les réactions pleuvent : certains dénoncent un racisme décomplexé, d’autres défendent Zemmour au nom de la liberté d’expression.

Le 9 octobre 2018, Hapsatou Sy annonce avoir déposé plainte pour injure à caractère racial. La bataille judiciaire commence.

Un parcours judiciaire en plusieurs étapes

Le dossier met du temps à avancer. Ce n’est qu’en novembre 2022 que le procès s’ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris. La procureure requiert une peine sévère, jusqu’à 20 000 euros d’amende, en soulignant le caractère stigmatisant des propos de Zemmour.

En janvier 2023, la décision tombe : Zemmour est reconnu coupable d’injure publique à caractère racial. Il est condamné à 4 000 euros d’amende, ainsi qu’à 3 000 euros de dommages et intérêts et 2 000 euros de frais d’avocat au bénéfice de Hapsatou Sy. L’avocat de la plaignante se félicite de ce jugement qui « a entièrement donné raison à sa cliente ». Mais le camp Zemmour annonce immédiatement faire appel.

L’affaire revient donc devant la cour d’appel de Paris en mars 2024. Là encore, les magistrats confirment la condamnation et ajoutent 3 000 euros de frais de procédure supplémentaires à la charge du président de Reconquête!. Hapsatou Sy fond en larmes à l’énoncé du jugement, partageant sa joie sur les réseaux sociaux et promettant « de nouvelles révélations ».

Dernier recours pour Zemmour : le pourvoi en cassation. Mais le 2 septembre 2025, la Cour rejette sa demande, mettant un terme définitif au dossier.

Les arguments en jeu : insultes ou liberté d’expression ?

Tout au long du procès, la défense de Zemmour s’est appuyée sur la liberté d’expression, un droit fondamental garanti par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme. Selon lui, qualifier un prénom d’« insulte à la France » relevait d’une opinion, certes polémique, mais légale.

Les juges, à chaque étape, ont estimé le contraire. Pour eux, il s’agissait bien d’une injure publique à caractère racial, visant à stigmatiser une personne pour ses origines à travers son prénom. La Cour de cassation, en rejetant le pourvoi, a confirmé que les propos de Zemmour sortaient du champ de la liberté d’expression pour tomber dans celui de l’humiliation discriminatoire.

Les répercussions médiatiques et politiques

L’affaire n’a jamais cessé d’être commentée, tant elle cristallisait des débats profonds sur l’identité, l’immigration et la place des minorités en France. Hapsatou Sy a été largement soutenue par des associations antiracistes et des personnalités politiques, qui voyaient dans cette affaire un symbole de la banalisation des propos racistes dans le débat public.

Pour Éric Zemmour, alors candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2022 puis président du parti Reconquête!, cette affaire a renforcé son image clivante. Ses partisans y ont vu une tentative de museler un discours « politiquement incorrect », tandis que ses opposants y ont trouvé la confirmation de ses dérives verbales.

La portée symbolique de la décision

Le jugement définitif du 2 septembre 2025 a une portée qui dépasse le cas personnel de Hapsatou Sy. Il marque une jurisprudence claire : les propos discriminatoires visant l’identité d’une personne ne peuvent être couverts par la liberté d’expression. Comme l’a rappelé la plaignante, « les mots ont un poids ». En ce sens, l’arrêt de la Cour de cassation s’inscrit dans une évolution de la justice française, qui sanctionne de plus en plus sévèrement les propos racistes, y compris lorsqu’ils sont prononcés par des personnalités médiatiques ou politiques. Cette bataille judiciaire illustre les fractures de la société française contemporaine. D’un côté, une partie de l’opinion publique, attachée à une conception stricte de l’identité nationale, défendait Zemmour. De l’autre, ceux qui considèrent que la diversité des prénoms, reflets de l’histoire migratoire, fait partie intégrante de la République française.

Pour Hapsatou Sy, cette victoire n’est pas seulement personnelle : elle a valeur de symbole pour tous ceux qui, en France, se sentent discriminés en raison de leurs origines.

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