L’Etat togolais a mandaté Sogebourse, une Société de gestion et d’intermédiation (SGI) filiale de la SGBCI, pour piloter et arranger son opération d’emprunt obligataire lancé en décembre 2017, au grand dam de la SGI Togo qui aurait postulé avec un meilleur taux d’intérêt. Financial Afrik revient sur les contours d’un choix à la fois stratégique et contraignant.
Ouverte du 20 décembre 2017 au 20 janvier 2018, l’émission d’emprunt obligataire par appel public à l’épargne lancée par l’Etat togolais porte sur un montant de 60 milliards de F CFA représenté par 6 000 000 d’obligations d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune. Dénommée « TPTG 6,90% 2018-2023 », elle vise, selon l’émetteur, le paiement des arriérés de la dette publique intérieure et la mobilisation de ressources destinées au financement des projets porteurs de croissance.
« Les obligations seront émises sous la forme de titres dématérialisés au porteur », lit -on dans la note d’information. « Elles seront obligatoirement inscrites en compte tenus par un intermédiaire habileté au choix du porteur », précise-t-elle.
La jouissance des obligations est prévue pour le 26 janvier 2018, par ailleurs date de règlement. D’une durée de 5 ans, son remboursement « se fera par amortissement constant semestriel du capital sans différé », selon le Trésor Public, qui fixe la date d’échéance au 26 janvier 2023, avec garantie souveraine de l’Etat du Togo.
Sogebourse à la rescousse, malgré un taux excessif
Pour conduire son emprunt, l’Etat a choisi comme arrangeur et chef de file, Sogebourse (qui opère avec Nsia Finance en qualité de co-arrangeur et co-chef de file), avec un taux d’intérêt de 6,90% net l’an. Contre les 6,5% qu’aurait proposés la SGI-Togo, dont les nouveaux locaux ont été inaugurés en grande pompe fin avril 2016 par les autorités togolaises.
Basée à Abidjan, Sogebourse, agréée en décembre 1997, est une filiale du groupe Sgbci (Société générale de banques en Côte d’ivoire), elle-même filiale du groupe bancaire français éponyme. « Ce choix est une bonne stratégie pour couvrir le montant sollicité », indique un analyste financier à Lomé. «Il y a beaucoup de banques derrière Sogebourse qui, par ailleurs, dispose d’une plus grande notoriété que la SGI Togo. Mais la vraie raison, c’est qu’elle peut mieux maîtriser les souscriptions à l’extérieur du pays», conclue-t-il, tout en insistant sur la puissance de la SGI et sa forte capacité de mobilisation.
En effet, la SGI Togo opère avec des institutions bancaires à fort caractère national : c’est notamment le cas de l’Union togolaise de banque (UTB) et de la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), deux institutions entièrement détenues par l’Etat, et dont la fusion annoncée tarde à se concrétiser. D’ailleurs, l’Etat vient de procéder à la mise en place d’une nouvelle équipe dirigeante à la tête de la première, avec pour directeur général, Zakari Darou Salim, ex- directeur général de la Banque togolaise de développement.
Par ailleurs, au vu de la situation actuelle des caisses du Trésor et de la signature du Togo sur le marché, le pays aura besoin d’une SGI avec une importante prise ferme qui garantisse au moins le montant demandé, voire plus. Le principal objectif étant l’atteinte d’un taux de couverture d’au moins 100%, surtout que les nouvelles ne sont pas réjouissantes sur le marché monétaire avec les émissions de bons et d’obligations.
Selon ‘La Nouvelle Tribune’, une parution locale, l’Etat aurait contracté un prêt auprès de Société Générale pour régler une situation dans le mois de Novembre, après des tentatives infructueuses avec Orabank. « Voulant tirer meilleur profit de sa position, Société Générale aurait proposé la Sogebourse comme chef de file de l’emprunt obligataire par appel public à l’épargne, avec un taux de 6,90% », écrit le journal.
La SGI Togo, arrangeur à problèmes ?
Créée le 4 décembre 1996, la SGI Togo a conduit, courant 2017, une émission d’emprunt obligataire par appel public à l’épargne de la Banque d’investissement de développement de la Cedeao (Bidc) qu’elle a eu du mal à boucler. Au terme de l’opération arrangée conjointement avec CGF Bourse, l’institution régionale n’a récolté que 26 milliards de F cfa sur les 50 milliards sollicités sur le marché régional, malgré, entre autres, la longue période dite « incitative » de souscription.
Le taux de d’intérêt annuel était de 6,10% sur une durée de 10 ans. Alors qu’avec les caractéristiques de l’emprunt obligataire, le Togo n’avait plus droit à l’erreur, et devra s’en sortir avec le montant sollicité. Au risque de voir les investisseurs reculer désormais devant ses titres.
Pourtant, le même consortium (SGI Togo et CGF Bourse) a réalisé avec succès, le précédent emprunt obligataire de la BIDC, clôturée par anticipation le 14 mars 2014, avec un taux de souscription de plus de 145%. Soit un montant de 58 milliards de FCFA mobilisé, contre 40 milliards de FCFA sollicités. L’emprunt était assorti à un taux d’intérêt de 6,5% net par an, pour une durée de 7 ans, dont 1 an de différé pour le remboursement du capital.
Société anonyme au capital social de 1 680 000 000 de F CFA agréée par le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) sous le N° 0143 le 15 décembre 1997, la SGI Togo dispose d’un actionnariat composé de banques, de compagnies d’assurances et de réassurances, d’établissements financiers et d’opérateurs économiques privés du pays.
De 1998 en 2016, la société a structuré des emprunts obligataires se chiffrant à plus de 545 milliards de FCFA, dont plus de 30% pour les Etats. Elle a levé plus de 165 milliards sur le marché financier de l’UEMOA pour le compte des Etats de l’Union, dont 96,3 milliards de FCFA pour l’Etat togolais.
Les séquelles du Sukuk
Par ailleurs, le Togo avait « dupé » plus d’un avec le Sukuk sur lequel le capital des investisseurs est resté bloqué pendant deux ans sans coupons. Avec un taux de 6,5 %, l’opération lancée en 2016 porte sur un montant de 150 milliards de F CFA.
Des séquelles conjuguées à l’incertitude liée à la situation sociopolitique actuelle que traverse le Togo, ne permettent pas le choix d’une SGI dont la direction est décriée.



