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Donald Trump ou le suicide commercial et financier de l’Amérique

Alors que ses partisans crient au génie, à une doctrine Monroe ressuscitée ou à un Yalta 2.0, Donald Trump est confronté à l’effet boomerang de sa décision unilatérale. Le 2 avril, le 47e président des États-Unis a imposé un relèvement sans précédent des droits de douane lors de ce qu’il a baptisé le « Jour…

Alors que ses partisans crient au génie, à une doctrine Monroe ressuscitée ou à un Yalta 2.0, Donald Trump est confronté à l’effet boomerang de sa décision unilatérale.


Le 2 avril, le 47e président des États-Unis a imposé un relèvement sans précédent des droits de douane lors de ce qu’il a baptisé le « Jour de libération ». Concrètement, il a instauré une hausse généralisée de 10 % sur tous les produits importés aux États-Unis, à laquelle s’ajoutent des taxes ciblées pour certains pays. Parmi les plus touchés figurent la Chine, avec une surtaxe de 34 %, le Vietnam à 46 %, et l’Union européenne à 20 %.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dès le lendemain, la Chine a riposté en imposant une taxe équivalente de 34 % sur les produits américains. En attendant la contre-offensive européenne et les mesures de rétorsion du Sud global, une chose est claire : Donald Trump a isolé l’Amérique. Et ce sont avant tout les ménages américains qui risquent d’en pâtir, avec un manque à gagner estimé à 3 800 dollars par an, selon une étude de l’Université de Yale.

Si les États-Unis restent la première puissance économique mondiale — d’un souffle devant la Chine — ils semblent avoir moralement abdiqué leur leadership. En foulant aux pieds les traités internationaux, des accords de l’OMC à ceux encore plus fondamentaux de l’ONU, ils ont troqué la diplomatie du droit pour la loi du plus fort. L’exemple de la Palestine en est révélateur : Trump promeut l’idée de transformer Gaza en une nouvelle Côte d’Azur, au profit de tous… sauf des Palestiniens eux-mêmes, réduits à choisir entre la Somalie et le Soudan. Ce mépris du droit international, pierre angulaire de leur puissance passée, combiné au retrait de l’accord de Paris, transforme les États-Unis en une puissance réactionnaire face à des rivaux plus avant-gardistes comme la Chine, l’Union européenne et… la Russie.

Ce trumpisme, nourri par une logique électoraliste à court terme, ressemble bel et bien à un suicide économique à l’échelle internationale. « Et si le retour de Donald Trump annonçait l’apocalypse ? », s’interrogeait récemment le milliardaire Peter Thiel, pourtant proche d’Elon Musk.

Tandis que la Chine, forte de son immense marché intérieur, continue d’élargir ses horizons commerciaux à travers le monde, les États-Unis, eux, semblent s’enfermer dans une impasse, multipliant les fronts. Reste alors une seule carte maîtresse : le dollar, cette « monnaie-monde » qui leur permet de financer leur dette grâce à l’épargne et au travail des autres. 

Les États-Unis sont confrontés à un mur de dette : 9 000 milliards de dollars devront être refinancés d’ici fin 2026, rappelle le financier Thami Kabbaj. « Cette dette avait été émise à des taux quasi nuls. Or, avec un taux à 10 ans désormais supérieur à 4 %, cela représente des centaines de milliards de dollars d’intérêts supplémentaires. Le fardeau risque de s’alourdir considérablement, dans un contexte où la confiance internationale s’effrite », poursuit le trader estimant que le locataire actuel de la Maison Blanche pourrait être tenté de provoquer la récession pour faire baisser les taux et, ainsi, sauver l’Amérique. 

Ce dont on est pour le moins sûr est que les USA, seul pays au monde pouvant s’endetter et rembourser à crédit sur le dos de l’économie globale, semblent oublier que cet avantage exorbitant — dénoncé depuis 1971 — repose sur une confiance implicite dans le garant du monde libre, un rôle qu’ils sapent désormais eux-mêmes.

La quasi-humiliation infligée au président Zelensky, sommé de capituler sans condition, résume la nouvelle posture américaine : celle d’un président purement transactionnel, pour qui la fin justifie tous les moyens.

Encadré

La riposte chinoise ne s’est pas fait attendre

La Chine imposera, à partir du 10 avril, un droit de douane de 34 % sur toutes les importations de produits américains, en réponse directe aux nouveaux tarifs décrétés par Donald Trump. Ces mesures viennent s’ajouter aux surtaxes de 20 % déjà mises en place en février et mars.

Par ailleurs, Pékin a ajouté 27 entreprises américaines à sa liste de sociétés sanctionnées ou soumises à des contrôles à l’exportation. Parmi elles, 16 sont désormais interdites d’exportation de biens à double usage (civils et militaires), incluant des sociétés comme High Point Aerotechnologies(technologies de défense) ou Universal Logistics Holding(transport et logistique).

La Chine prévoit également de restreindre encore davantage l’exportation de sept éléments de terres rares, cruciaux pour la production de technologies avancées telles que les puces électroniques ou les batteries de véhicules électriques. Enfin, Pékin a porté plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dénonçant une « violation flagrante des règles du commerce multilatéral » et une « intimidation unilatérale » qui met en péril l’ordre économique mondial.

Financial Afrik Premium