La nomination du professeur Serge Bayala à la présidence de la Banque confédérale d’investissement et de développement de l’Alliance des États du Sahel (BCID-AES) ouvre une nouvelle séquence institutionnelle et financière pour les pays membres de la Confédération. La décision tombée le 9 février place aussi son nouveau dirigeant face à une équation complexe : bâtir, dans un contexte politique et économique sous tension, un véritable outil bancaire capable de mobiliser des ressources massives, durables et crédibles.
Créée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, la BCID-AES , institution au capital initial de 500 milliards de francs CFA (environ 890 millions de dollars), se veut le bras financier du projet d’intégration porté par l’AES. Elle est appelée à financer les infrastructures régionales, l’énergie, l’agriculture, les transports, l’industrialisation et, plus largement, les politiques de souveraineté économique revendiquées par les trois États. L’ambition est claire : réduire la dépendance aux bailleurs traditionnels, internaliser une partie du financement du développement et construire une capacité régionale de projection financière.
Au cœur des défis du Pr. Bayala figure la mobilisation effective du capital de départ. Selon les orientations adoptées par les autorités confédérales, la banque repose sur un capital initial cible de plusieurs centaines de milliards de FCFA, destiné à être progressivement libéré par les États membres. Ce capital est structuré autour de trois piliers principaux : les apports souverains, avec des contributions étatiques indexées sur les capacités budgétaires ; les participations institutionnelles, incluant fonds souverains, caisses de dépôts, institutions financières publiques et banques nationales ; et l’ouverture progressive à des partenaires stratégiques, notamment des investisseurs régionaux, des fonds africains et des partenaires non occidentaux, dans une logique de diversification.
Mais dans des économies fragilisées par les sanctions, la pression sécuritaire et la contrainte budgétaire, la libération effective des apports reste un exercice délicat. Plusieurs États font face à des marges de manœuvre financières limitées, ce qui complique la constitution rapide d’un capital pleinement opérationnel. La crédibilité de la BCID-AES dépendra pourtant largement de sa capacité à transformer les engagements politiques en ressources réelles. Sans capital suffisamment libéré, la banque risque de demeurer symbolique, incapable de lever des fonds sur les marchés ou de structurer des financements d’envergure.
Pour le Pr. Bayala, l’enjeu est donc double : sécuriser les contributions étatiques dans un calendrier réaliste et rassurer les partenaires potentiels sur la gouvernance, la transparence et la viabilité du modèle. Dans un environnement marqué par une prudence accrue des investisseurs internationaux vis-à-vis du Sahel, la construction d’une signature financière crédible constitue un chantier prioritaire.
Un parcours solide comme actif
Pr. Bayala est un professeur titulaire des universités en sciences de gestion, spécialisé en gestion financière et comptabilité. Titulaire d’un Doctorat (PhD) en gestion financière de l’Université de Groningen (Pays-Bas), il cumule plus de vingt années d’expérience dans la gouvernance d’institutions publiques et régionales. Au plan national, il est directeur général de la Caisse des dépôts et d’investissements du Burkina Faso (CDI-BF) depuis mars 2024, une institution stratégique de mobilisation de l’épargne longue et de financement des projets structurants. Il a auparavant occupé plusieurs hautes responsabilités, notamment comme conseiller du directeur général du Centre ouest-africain de formation et études bancaires de la BCEAO et comme directeur général du Centre africain d’études supérieures en gestion (CESAG), qu’il a dirigé avec un soin particulier donné à l’autonomie financière et à l’excellence académique.
Son parcours combine aussi des responsabilités académiques reconnues (direction d’instituts universitaires, coordination de systèmes LMD, direction du Centre national des œuvres universitaires). Ces expériences lui ont permis d’affiner une expertise à la croisée de l’enseignement supérieur, de la régulation financière et de l’ingénierie institutionnelle.



