Réunis à Abuja le 27 juin 2025, en marge des assemblées annuelles d’Afreximbank, plusieurs anciens chefs d’État africains ont partagé leurs diagnostics sur le poids croissant de la dette, les limites de l’architecture financière internationale et la nécessité d’instituer des outils panafricains de financement. Tour d’horizon des principales interventions.
Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger, a dénoncé les déséquilibres structurels du système financier mondial, qualifiant les flux Sud-Nord de véritables « transferts de richesse ». Selon lui, les pays en développement ont perdu plus de 2 200 milliards de dollars à travers ce qu’il appelle « un échange inégal ». Il a vivement critiqué la répartition des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), qui continue de privilégier les économies avancées au détriment des pays les plus exposés aux chocs. Se félicitant des avancées dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), il a salué l’opérationnalisation du PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), qu’il considère comme un levier stratégique d’indépendance monétaire et commerciale.
Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria, est revenu sur l’expérience nigériane en matière de remboursement de la dette, évoquant un montant de 3,5 milliards de dollars par an versés au début des années 2000. « Il est impératif de revoir les modalités d’emprunt et de remboursement, tant les conditions imposées aux pays africains relèvent d’une logique insoutenable à long terme », a-t-il souligné, appelant à une gouvernance plus équilibrée au sein des institutions financières internationales.
Macky Sall, ancien président du Sénégal, a plaidé pour une réforme en profondeur du système financier international, qu’il juge « inadapté aux réalités des pays en développement ». Insistant sur les enjeux de mobilisation de l’épargne locale et de fiscalité équitable, il a souligné l’urgence de renforcer les institutions financières africaines pour qu’elles puissent jouer un rôle catalyseur dans les investissements de long terme.
Nana Akufo-Addo, ancien président du Ghana, a quant à lui insisté sur la nécessité de concrétiser les projets panafricains portés depuis des décennies. « Il est temps d’accélérer la mise en place du Fonds monétaire africain, de la Banque centrale africaine et des autres piliers de souveraineté économique continentale », a-t-il affirmé, appelant à transformer les ambitions régionales en institutions opérationnelles.
Un consensus émerge ainsi autour de la nécessité d’une nouvelle architecture financière mondiale plus équitable, ainsi que d’une gouvernance africaine plus affirmée, portée par des outils endogènes adaptés aux besoins structurels du continent.



