Un an après avoir retiré une première procédure judiciaire, le groupe du milliardaire nigérian Aliko Dangote revient à la charge contre les autorités pétrolières de son pays. Sa raffinerie géante, Dangote Petroleum Refinery, a déposé une nouvelle plainte devant la Haute Cour fédérale de Lagos pour contester les licences d’importation de carburants accordées à la compagnie pétrolière nationale Nigerian National Petroleum Company (NNPC) ainsi qu’à plusieurs distributeurs privés.
Le groupe Dangote demande l’annulation des permis délivrés ou renouvelés par la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA), estimant qu’ils violent l’esprit de la réforme pétrolière nigériane. Selon la raffinerie, les importations ne devraient être autorisées qu’en cas d’insuffisance de l’offre domestique. Or, avec une capacité théorique de 650 000 barils par jour et un investissement évalué à 20 milliards de dollars, Dangote considère désormais pouvoir satisfaire l’essentiel de la demande nationale.
Le contentieux dépasse toutefois le simple cadre juridique. Il révèle une bataille stratégique autour du contrôle du marché énergétique le plus important d’Afrique. Depuis des décennies, le Nigeria importe massivement son essence malgré son statut de premier producteur pétrolier africain, en raison des contre-performances chroniques de ses raffineries publiques. L’entrée en production progressive de la raffinerie Dangote devait précisément mettre fin à cette anomalie historique.
Mais les distributeurs et les régulateurs défendent une position opposée : maintenir les importations pour éviter toute pénurie et préserver la concurrence. Car derrière le patriotisme industriel affiché par Dangote se profile une autre question, beaucoup plus sensible : faut-il remplacer une dépendance extérieure par une dépendance à un acteur privé dominant ?
L’analyse économique du dossier divise profondément Abuja. Les partisans de Dangote soutiennent qu’un pays producteur de pétrole ne peut continuer à importer son carburant au prix de lourdes sorties de devises. Ils rappellent que la raffinerie représente l’un des plus grands investissements industriels jamais réalisés en Afrique et qu’elle pourrait transformer durablement la balance commerciale nigériane, stabiliser le naira et créer un véritable hub régional de raffinage.
Les critiques redoutent au contraire l’émergence d’un quasi-monopole privé. Si les importations étaient fortement réduites ou supprimées, le consommateur nigérian pourrait se retrouver captif d’un seul fournisseur dominant, avec un risque de hausse des prix ou de dépendance excessive à la stratégie commerciale du groupe Dangote. Dans un pays où les prix des carburants constituent une question socialement explosive, Abuja hésite à abandonner totalement le levier des importations.
La situation illustre ainsi un paradoxe classique des politiques industrielles africaines : comment protéger un champion national sans sacrifier la concurrence ni les intérêts du consommateur ?



