Le projet d’une grande raffinerie régionale à Tanga, en Tanzanie, prend une tournure hautement stratégique. À Nairobi, le 23 avril, en marge du sommet de l’Africa Finance Corporation, les présidents William Ruto et Yoweri Museveni ont confirmé des discussions visant à associer Aliko Dangote à une infrastructure commune destinée à servir le Kenya, l’Ouganda, la RDC, le Soudan du Sud et la Tanzanie.
L’idée est simple, mais puissante : raffiner en Afrique de l’Est le brut régional, réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés et sécuriser une chaîne d’approvisionnement devenue vulnérable aux chocs géopolitiques mondiaux. Selon William Ruto, le site de Tanga permettrait de connecter l’ensemble de la région, avec un court pipeline vers Mombasa puis l’utilisation des infrastructures déjà partagées avec l’Ouganda.
Aliko Dangote, fort de l’expérience de sa méga-raffinerie nigériane de 650 000 barils par jour, s’est dit prêt à porter un projet similaire si les États de la région apportent leur soutien politique et commercial. Reuters indique que l’industriel nigérian évoque un délai de réalisation de quatre à cinq ans une fois les accords conclus.
Mais l’équation reste délicate. En parallèle, l’Ouganda avance sur son propre projet de raffinerie à Hoima, d’une capacité prévue de 60 000 barils par jour, en partenariat avec Alpha MBM Investments. Kampala veut préserver une part de valeur ajoutée domestique, tandis que Nairobi pousse une logique régionale, plus intégrée, autour de Tanga.
Cette séquence confirme surtout l’ambition panafricaine de Dangote dans l’énergie. Après Lagos, l’homme le plus riche d’Afrique regarde désormais vers l’Est, au moment où sa raffinerie nigériane prépare aussi l’ouverture de son capital, jusqu’à 10%, pour financer une montée en puissance industrielle majeure.



