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CWP Global  en Mauritanie : enquête sur un projet d’hydrogène vert en panne 

De Belgrade à Nouakchott, en passant par le Delaware … D’une valeur annoncée de 40 milliards de dollars, le projet d’hydrogène vert de CWP Global en Mauritanie, annoncé en 2021 comme une révolution énergétique, a été suspendu brusquement le 5 juin 2025. Derrière cette volte-face se profile une entreprise dont les structures juridiques mènent aux…

De Belgrade à Nouakchott, en passant par le Delaware …


D’une valeur annoncée de 40 milliards de dollars, le projet d’hydrogène vert de CWP Global en Mauritanie, annoncé en 2021 comme une révolution énergétique, a été suspendu brusquement le 5 juin 2025. Derrière cette volte-face se profile une entreprise dont les structures juridiques mènent aux paradis fiscaux, et dont les dirigeants maîtrisent l’art de l’ingénierie financière offshore. Enquête sur une multinationale de l’éolien où les vents soufflent surtout vers les îles Vierges britanniques, Malte ou le Delaware.

Le 5 juin 2025, la Mauritanie apprenait l’arrêt du projet Aman d’hydrogène vert porté par CWP Global. La raison évoquée : l’absence d’accords d’achat fermes. Mais cette explication masque des rouages bien plus complexes. Car derrière cette entité soi-disant « verte », se cache Continental Wind Partners LLC, société enregistrée dans le Delaware (États-Unis), un État connu pour son secret des affaires, n’abritant qu’une boîte postale pour 386 entités.

Continental Wind Partners est la colonne vertébrale du groupe. Elle est contrôlée par PostScriptum Ventures Sàrl, société holding luxembourgeoise sans salariés, elle-même détenue par PostScriptum Ventures Ltd, enregistrée dans les îles Vierges britanniques (BVI). Parmi les autres entités utilisées pour structurer les projets ou faire transiter les revenus figurent Asia Pacific Renewables Limited(Malte), Cibuk Wind Holding Limited (Chypre), Windream S.A.M.(Monaco), Warm Waters Ltd(Malte), et Future Blue International (Singapour). Cette architecture éclatée permet d’éloigner les profits des juridictions fiscales normales.

Le schéma est rôdé. Une société offshore mère (souvent à Malte ou aux BVI) crée un SPV (Special Purpose Vehicle)dans le pays cible – en Serbie, ce fut River Power Solutions, financée par un prêt sans intérêt de sa maison-mère maltaise. Les SPV obtiennent les permis, signent des contrats garantis (souvent avec l’aide de relais politiques locaux), lèvent des financements publics via la SFI, la BERD ou des fonds souverains comme Masdar des Émirats Arabes Unis, puis sont revendues à prix fort. 

Les bénéfices sont ensuite logés dans des entités où l’impôt est négligeable. En 2016, Asia Pacific Renewables a par exemple encaissé 17 millions d’euros de bénéfices à Malte… sans rien payer à l’État.

L’un des fondateurs, Mark W. Crandall, ex-négociant chez Glencore et cofondateur de Trafigura, supervise depuis Belgrade ce dispositif complexe. Crandall contrôle PostScriptum Ventures, avec d’autres associés comme Fabrizio Cagnasso (via Windream à Monaco), Dimitar Enchev (via Valeo Group aux BVI), ou encore Alex Hewitt (via Future Blue à Singapour). 

L’ancienne directrice de la branche serbe, Ana Brnabić, est devenue en 2017 Première ministre de Serbie ( elle en est aujourd’hui présidente de l’assemblée nationale), après avoir activement participé à la mise en place de cette ingénierie offshore lorsqu’elle dirigeait Continental Wind Serbie.

Brnabić apparaît dans plusieurs documents des Malta Files, une enquête réalisée par un collectif européen (EIC). Elle a été en copie de courriels concernant la création de River Power Solutions, a signé des contrats incluant des entités maltaises, et a autorisé l’enregistrement de sociétés dans les bureaux de CWP. 

Bien qu’elle affirme ne pas avoir participé à la structuration des sociétés mères offshore, son rôle dans leur implantation opérationnelle en Serbie est documenté.

CWP a également été mentionnée dans un scandale d’écoutes en 2015, où l’épouse de Crandall, Lidija Udovički, affirmait avoir été victime de chantage par un proche du président serbe Aleksandar Vučić, afin de permettre le raccordement au réseau du parc éolien de Čibuk 1. Ce projet, évalué à 300 millions d’euros, a été financé par des fonds publics internationaux, sans que les structures bénéficiaires – Tesla WindCibuk Wind HoldingPostScriptum Ventures – ne soient contraintes à la transparence fiscale, rapporte le journal croate  Nacional.

À l’examen de ses différents projets, l’on voit bien que la stratégie de CWP consiste à capter des opportunités dans les pays en transition, à sécuriser des revenus grâce à des tarifs d’achat subventionnés, à mobiliser des financements publics internationaux, et à extraire les profits via des juridictions opaques. Ces pratiques, bien que légales, sont décrites par des experts comme Alex Cobham (Tax Justice Network) comme un « mélange inquiétant de secret financier, de propriété dissimulée et de capture des politiques publiques par des intérêts privés ».

Le retrait de Mauritanie s’inscrit dans cette logique : pas d’accord d’achat garanti, pas d’engagement. Nos questions adressées à la cellule de communication du projet AMAN sont restées sans réponses. Le projet qui a bénéficié d’un accompagnement optimal des autorités mauritaniennes et d’une mise à niveau réglementaire (Cadre pour l’hydrogène vert, une première mondiale ) n’est pas mort pour des raisons techniques, mais faute de rentabilité sécurisée pour les actionnaires. Quant aux infrastructures, aux emplois, et aux promesses de développement durable ? Ils attendront.

Derrière les discours vertueux de la transition énergétique, CWP Global incarne une autre réalité : celle d’un capitalisme vert ultrafinanciarisé, où l’écologie est une opportunité fiscale de plus. Un modèle où l’on ne possède peut-être pas le vent, mais où l’on sait très bien capter les subventions er les dérogations fiscales et douanières … pour mieux les faire transiter vers les îles vierges du globe.

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