Le Kivu, conséquence de la course vers les métaux indispensables à la production des batteries électriques et de différents alliages.
L’Afrique est au centre de la révolution verte annoncée par l’accord de Paris sur le climat, point de départ de l’objectif de la neutralité carbone en 2050. Cet accord signé en 2015 par 196 parties met fin à l’ère de l’énergie fossile commencée aux environs de 1750 et qui se traduit depuis par l’exploitation exponentielle des ressources limitées de la terre. Dans le nouveau paradigme qui se dessine, le monde va passer de l’ère du pétrole à celle des métaux critiques, comme le rappelait récemment Christel Bories, patronne d’Eramet, dans un entretien avec Les Échos. Anticipant ce changement, l’Union Européenne, la Chine, le Japon et les USA sont engagés depuis des années dans une course vers les 30 métaux critiques* indispensables à la transition énergétique. Pour sa part, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les plus cruciales des 17 métaux qu’elle estime critiques sont le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre, le graphite et la suite de terres rares.
Dans ce contexte de forte concurrence, les besoins mondiaux en cuivre devront être multipliés par deux d’ici à 2030, ceux du Nickel et ceux du Lithium par quatre. Le 33e élément le plus abondant sur terre affole tous les compteurs. Le lithium est passé d’environ 36.000 dollars la tonne en février à 60.773 dollars début mars. Les experts prévoient une demande qui pourrait progresser de plus de 400% d’ici à 2050. A cet horizon, le cours du dysprosium (terres rares) va augmenter de 2 600 % et le cobalt de 330 %. Quant au Nickel, le métal du diable, il est déjà en situation de pénurie. L’on se rappelle de son envolée spectaculaire le 8 mars dernier quand il a pulvérisé la barre des 100 000 dollars la tonne dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine. La tension sur ces métaux est alimentée par une forte demande et des chaînes d’approvisionnements réputées fragiles. Ce qui explique sans doute que le nickel et le palladium russes ne figurent pas dans la liste des produits sous l’embargo décrété par les USA et ses alliés au lendemain de l’invasion de l’Ukraine.
Dans cette course vers les métaux indispensables à la production des batteries électriques et de différents alliages, le continent africain se présente désuni. À l’inverse de l’UE, qui travaille sur un plan d’ensemble ou de certains pays comme le Mexique qui a annoncé la nationalisation de son lithium dans le cadre de son nouveau plan minier, l’Union Africaine semble ne pas avoir anticipé le virage. Va-t- on une fois de plus laisser les États africains affronter individuellement les intérêts de puissants regroupements d’Etat et de multinationales? Si tel est le cas, le potentiel africain sera encore source de guerre dans un contexte de faible gouvernance et de territoires peu sécurisés. Le risque de déstabilisation de plusieurs régions est réel au vu des stratégies d’approvisionnement des multinationales et des pays développés. L’exemple très actuel de ce risque de déstabilisation est la région du Kivu en République Démocratique du Congo. Cette zone regorge de 80% des réserves mondiales de Coltan et de Tantale, ce qui en fait un foyer d’instabilité chronique alimenté par les trafiquants et les intermédiaires sulfureux, bailleurs de fonds douteux et des groupes armés qui, sous fond de revendications de façade, vivent en fait de l’exportation de ces minerais de sang. On le voit bien, la transition énergétique de demain repose sur les anticipations d’aujourd’hui. L’Afrique doit envisager cette grande question sous l’angle sécuritaire et, une fois de plus encore, de la ZLECA. L’Union fait la force.
*Notes : le platine et les platinoïdes, l’antimoine, le chrome, le cobalt, le titane, le manganèse, le niobium, le molybdène, le vanadium, le tantale et les 17 métaux de la famille des terres rares.



