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Course à l’ONU : duel stratégique entre Macky Sall et Michelle Bachelet pour succéder à António Guterres

La course à la succession de António Guterres à la tête des Nations unies entre dans une phase plus politique. Si cinq candidatures ont été officiellement déposées, les premiers équilibres diplomatiques dessinent déjà un duel central entre l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet. Début mars, l’Union africaine, à travers le Burundi, a officiellement proposé la…

La course à la succession de António Guterres à la tête des Nations unies entre dans une phase plus politique. Si cinq candidatures ont été officiellement déposées, les premiers équilibres diplomatiques dessinent déjà un duel central entre l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet.

Début mars, l’Union africaine, à travers le Burundi, a officiellement proposé la candidature de Macky Sall. Ancien chef d’État du Sénégal de 2012 à 2024 et ancien président de l’Union africaine, il se présente comme un profil politique issu du Sud global, doté d’une expérience de gestion étatique et d’un réseau diplomatique solide sur le continent africain.

Face à lui, Michelle Bachelet incarne une autre trajectoire. Ancienne présidente du Chili à deux reprises et ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, elle bénéficie d’une forte reconnaissance dans les cercles multilatéraux et auprès des organisations internationales.

Un duel structurant

Si la compétition reste officiellement ouverte — avec notamment les candidatures du diplomate argentin Rafael Grossi, de l’économiste costaricienne Rebeca Grynspan et de la diplomate Virginia Gamba — plusieurs observateurs estiment que la véritable bataille pourrait se jouer entre Macky Sall et Michelle Bachelet.

Selon plusieurs sources diplomatiques, l’ancien président sénégalais pourrait bénéficier d’un soutien discret mais convergent de plusieurs grandes puissances, notamment la France, les États-Unis et la Chine. Une configuration rare dans un système international aujourd’hui profondément fragmenté.

Ce possible alignement traduit plusieurs considérations géopolitiques. Pour les puissances occidentales, Macky Sall apparaît comme un dirigeant expérimenté, habitué aux arbitrages entre partenaires internationaux et aux équilibres multilatéraux. Pour Pékin, sa proximité avec les dynamiques africaines et son pragmatisme diplomatique pourraient constituer un atout dans un contexte de compétition accrue pour l’influence au sein du système onusien.

Michelle Bachelet, de son côté, bénéficie d’une image forte sur les questions de droits humains, de gouvernance démocratique et d’égalité de genre. Son profil technocratique et multilatéral séduit une partie des États attachés à la continuité institutionnelle et à la défense des normes internationales.

Les grandes puissances en arbitres silencieux

Comme souvent dans l’histoire des Nations unies, la décision finale dépendra largement des calculs stratégiques des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Les grandes puissances aborderont cette nomination avec leurs propres contradictions. La Russie reste engagée dans la guerre en Ukraine. Les États-Unis sont régulièrement accusés de s’affranchir du droit international dans certaines crises régionales, notamment au Moyen-Orient ou vis-à-vis de l’Iran. La Chine, enfin, demeure sous surveillance diplomatique pour ses ambitions autour de Taïwan.

Dans ce contexte, chaque capitale évaluera les candidats selon un critère central : leur capacité à naviguer entre les intérêts de l’Occident et ceux du Sud global sans remettre frontalement en cause les équilibres de puissance.

Une ONU fragilisée

Le prochain secrétaire général héritera d’une organisation fragilisée à la fois financièrement et politiquement. L’ONU fait face depuis plusieurs années à des tensions budgétaires récurrentes, liées notamment aux retards de contributions de certains États membres et à l’augmentation des missions humanitaires et de maintien de la paix. Ce déficit structurel pèse sur la capacité opérationnelle de l’organisation et alimente les critiques sur son efficacité.

Parallèlement, le Conseil de sécurité apparaît de plus en plus paralysé. Le recours répété au droit de veto par les membres permanents — notamment dans les crises syrienne, ukrainienne ou plus récemment au Moyen-Orient — a renforcé l’image d’une institution incapable de trancher face aux grandes crises internationales.

Cette paralysie alimente depuis plusieurs années les appels à une réforme du système onusien : élargissement du Conseil de sécurité, meilleure représentation des puissances émergentes et du continent africain, mais aussi renforcement de la capacité décisionnelle de l’organisation.

L’objectif affiché par de nombreux États est de construire une ONU à la fois plus inclusive et plus décisive, capable de refléter les équilibres du XXIᵉ siècle.

Le poids déterminant du Sud

Un autre facteur pourrait peser lourd dans l’équation : le vote des États du Sud.

Le continent africain représente à lui seul plus de cinquante États membres de l’ONU. Si l’on y ajoute les pays du monde arabo-musulman et une partie de l’Asie et de l’Amérique latine, le bloc du Sud global constitue un réservoir diplomatique majeur.

Dans ce contexte, la candidature d’un dirigeant africain pourrait bénéficier d’une dynamique politique particulière, au-delà même de la question du genre, pourtant fortement mise en avant par plusieurs États membres.

Car si l’idée de voir, pour la première fois, une femme diriger l’ONU progresse dans les discours, certains diplomates soulignent qu’un autre débat pourrait s’imposer : celui d’un rééquilibrage géographique et politique au profit du Sud global.

Le grand oral des candidats

Avant les tractations finales, les candidats devront franchir une étape très attendue : les auditions publiques prévues à partir de la semaine du 20 avril.

Ce « grand oral » diplomatique constituera un exercice d’équilibre délicat. Chaque prétendant devra défendre les principes du multilatéralisme, rappeler l’importance du droit international et afficher une vision forte pour réformer l’organisation.

Mais dans le même temps, ils devront éviter de heurter frontalement les intérêts des grandes puissances dont dépendra, in fine, leur nomination.

Autrement dit, les candidats devront marcher sur des œufs : affirmer l’indépendance et la vocation universelle de l’ONU tout en rassurant les puissants sur leur capacité à composer avec les réalités de la géopolitique.

C’est dans cet espace étroit, entre idéal multilatéral et équilibre des rapports de force, que se jouera la véritable sélection du prochain secrétaire général.

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