Malgré les doutes et les atermoiements qui avaient prévalu sur sa volonté éventuelle de briguer un troisième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara avait fini par déclarer en mars dernier son intention de «transférer le pouvoir à une jeune génération». Dans la foulée, son parti, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), désignait le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat du parti pour la présidentielle de 2020. La disparition prématurée de ce dernier redistribue les cartes d’une présidentielle ivoirienne qui s’annonce comme une équation à plusieurs inconnues.
Si la sortie quelque peu maladroite du directeur exécutif du RHDP, Adama Bictogo, rendant hommage à Gon Coulibaly, en déclarant que désormais «toutes les options sont sur la table, y compris une nouvelle candidature du président Ouattara » vise à rassurer les houphouetistes, il est désormais évident que le RHDP se trouve presque face à un choix cornélien. Les plus sceptiques par contre voient dans cette sortie d’Adama Bictogo, «une manœuvre» du RHDP pour préparer l’opinion publique ivoirienne à accepter une éventualité ou plutôt une décision de candidature du président sortant. Une ligne de conduite qui serait déjà discutée et entérinée par la coalition dirigée par Alassane Ouattara, qui plus est, avait déclaré qu’il se présenterait au cas où les «anciens présidents» seraient candidats, allusion faite à Henri Konan Bédié et à Laurent Gbagbo avant de trouver la parade du «transfert du pouvoir aux futures générations ». Qui pour remplacer Gon Coulibaly ?
Même si le nom du securocrate Hamed Bakayoko, ministre de la Défense, revient sans cesse, ce dernier devrait batailler pour s’imposer s’il venait à être retenu dans une grande famille Houphouetiste hétéroclite alors même queGon Coulibaly ne faisait pas l’unanimité absolue au sein du bureau politique ? Ouattara va-t-il imposer « Hambak » ou finalement se plier à la volonté des sirènes monarchistes du RHDP en briguant un troisième mandat pour «assurer ses arrières» ?
En tout état de cause, une incertitude grandissante plane sur l’avenir politique de la Côte d’Ivoire. À lire à travers les lignes, les hésitations du président sortant, il faut dire que la course à la présidentielle ivoirienne nourrie par les antagonismes et les adversités politiques qui ont jalonné l’histoire récente de la Côte d’Ivoire «ne permettrait pas» toute la lucidité nécessaire à Alassane Ouattara, plongé dans ses calculs politiques sur son avenir et celui de sa coalition, de raccrocher d’un revers de la main au bout de son second et dernier mandat constitutionnel pour passer à autre chose. Les candidatures annoncées, même si certaines sont hypothétiques suffisent déjà à faire monter la pression. Si au sein du RHDP, l’on se montre confiant quant à sa capacité à «conserver» le pouvoir, les frustrations et les «manœuvres» qui ont poussé vers la sortie des candidats déclarés de taille comme Guillaume Soro, du mouvement patriotique de Côte d’Ivoire, ancien président de l’assemblée nationale, ex-leader des Forces Nouvelles, poursuivi par la justice ivoirienne et exilé en France, l’ancien président Laurent Gbago, du FPI, acquitté par la CPI mais encore sous contrôle judiciaire en Belgique, pourrait éventuellement cristalliser la naissance d’une vaste coalition anti- RHDP qui servirait naturellement les intérêts de l’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié (86 ans), candidat du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), seul poids lourd en lice. Avec ou sans Ouattara, le RHDP va devoir se montrer solide pour contenir les assauts de toutes parts.



