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Colonel Peer de Jong : « dix pays africains fabriquent désormais leurs propres drones »

Entretien avec le colonel Peer de Jong, ancien aide de camp des présidents François Mitterrand et Jacques Chirac, cofondateur de l’Institut Themiis. Propos recueillis par Alexandre Varel. Les drones redéfinissent la guerre en Afrique. Jadis réservés à quelques puissances, ces engins volants s’imposent aujourd’hui comme un outil de souveraineté technologique et militaire. Dix pays africains…

Entretien avec le colonel Peer de Jong, ancien aide de camp des présidents François Mitterrand et Jacques Chirac, cofondateur de l’Institut Themiis.

Propos recueillis par Alexandre Varel.

Les drones redéfinissent la guerre en Afrique. Jadis réservés à quelques puissances, ces engins volants s’imposent aujourd’hui comme un outil de souveraineté technologique et militaire. Dix pays africains ont déjà franchi le pas de la production locale. Décryptage avec le colonel Peer de Jong, expert en stratégie et ancien aide de camp des présidents français François Mitterrand et Jacques Chirac.


Comment les drones reconceptualisent-ils les conflits en Afrique ?

Colonel Peer de Jong : Comme partout ailleurs, ces équipements représentent une véritable révolution. Ils modifient profondément la dynamique et la configuration des conflits armés sur le continent. Les armées y trouvent des avantages tactiques considérables : observation, précision, économie de moyens.
Les drones ont transformé les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, notamment dans les zones désertiques où les opérations étaient autrefois coûteuses et risquées. Ils offrent désormais un accès flexible et abordable à la puissance aérienne — longtemps hors de portée pour de nombreux États africains. Leur endurance opérationnelle permet un suivi continu des mouvements ennemis, la localisation des positions adverses et, le cas échéant, des frappes ciblées d’une grande précision.


Quels sont aujourd’hui les principaux fournisseurs sur le continent ?

Colonel Peer de Jong : Le marché est devenu extrêmement concurrentiel. La Chine et la Turquie dominent actuellement le segment des drones de combat, grâce à des modèles efficaces et financièrement accessibles. Les drones turcs Bayraktar TB2 ont acquis une réputation mondiale, tout comme les Wing Loong chinois, qui offrent des capacités d’endurance et d’armement comparables à moindre coût. Ces deux puissances ont su s’imposer en Afrique en combinant transfert de technologie et diplomatie militaire.


Dix pays africains fabriquent déjà leurs propres drones. Peut-on parler d’une souveraineté technologique émergente ?

Colonel Peer de Jong : Absolument. Les acteurs internationaux devront désormais composer avec les drones « made in Africa ». Une dizaine de pays ont déjà développé des capacités locales de production : Afrique du Sud, Algérie, Égypte, Éthiopie, Kenya, Maroc, Nigeria, Soudan, Tunisie et même Ouganda.
Ces nations alimentent près de 15 % du marché continental. L’Afrique du Sud reste pionnière avec Denel Dynamics, mais de nouvelles entreprises innovantes émergent, à l’image d’Enova Robotics en Tunisie, spécialisée dans les drones de surveillance terrestre, ou des ateliers marocains et égyptiens qui misent sur le partenariat public-privé pour intégrer conception, assemblage et maintenance.
Cette dynamique traduit une volonté d’autonomie stratégique : maîtriser la donnée, le renseignement et la dissuasion technologique. Les drones africains ne sont plus de simples copies ; ils deviennent des outils de souveraineté et d’équilibre des forces.

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