Dans l’arène tumultueuse de la Guinée, une figure se détache avec l’éclat d’un mirage cinématographique : Claude Pivi, le « Houdini » local, dont la tête vaut désormais plus qu’une petite fortune. Le ministère de la Justice promet 500.000.000 GNF (58 000 dollars) pour quiconque retrouverait l’évadé qui s’est extirpé de la réputée prison sécurisée de Conakry dans la nuit du 3 au 4 novembre 2023 avec des compagnons de cellule dont l’ancien chef de l’Etat, Moussa Dadis Camara, lequel se serait rendu au bout de 4 heures de cavale. Mais plus de trois semaines après les incidents, le principal fugitif est toujours introuvable au grand dam du président Doumbiya, homme fort du pays, au pouvoir depuis le 5 septembre 2021 et toujours hésitant sur la durée de la transition.
L’ex ministre chargé de la sécurité présidentielle de l’ancien président Moussa Dadis Camara, inculpé depuis 2013 pour «meurtres, viols » ou encore «tortures» lors des massacres du 28 septembre 2009 dans un stade de Conakry, nargue le dispositif sécuritaire de son pays.
Les forces spéciales ratissent large, le doigt sur la gâchette. Les arrestations et les interrogatoires de supposés complices se multiplient. Le pouvoir militaire ne s’est pas encore remis de l’affront. Une évasion digne d’un film d’action en pleine capitale au nez et à la barbe des pénitenciers ? Un fugitif insaisissable et, somme toute, devenu le héros du petit peuple ?
Depuis sa spectaculaire évasion de la maison centrale de Conakry, Pivi, sujet de toutes les conversations, oscille entre crainte et admiration. On dit de lui qu’il est « mystique », doté de pouvoirs surnaturels, capable de se transformer en véritable « chef de village » guerrier. Nollywood chercherait de l’inspiration pour son prochain hit qu’il ne trouverait pas mieux.
Mais Pivi n’est pas qu’un simple fugitif : il est aussi le héros (ou le méchant, selon le point de vue) d’une histoire familiale digne d’une tragédie grecque. Son fils, dans un acte de bravoure qui force le respect (ou l’incrédulité), a orchestré l’évasion de son père, ajoutant ainsi une couche supplémentaire à la légende de la famille Pivi.
Entre les rumeurs de ses talents en arts martiaux (briser des briques à main nue, quand même !), ses origines mystiques, et son parcours militaire de « vétéran de trois guerres », Pivi ne manque pas de panache. On pourrait presque l’imaginer, tel un super-héros de bande dessinée, déjouant chaque tentative de capture avec une aisance déconcertante.
C’est dans ce mélange d’admiration et de peur que Pivi, malgré son statut de fugitif, continue de fasciner la population guinéenne. Un mélange d’effroi et de respect, avec une touche d’incrédulité, voilà ce qui caractérise désormais le « mythe Pivi ». Comme quoi, même dans la réalité la plus crue, il reste toujours une place pour les légendes.


