Deux rendez-vous ratés .
Il paraît que les peuples qui n’apprennent rien de leur histoire sont condamnés à en répéter les chapitres les plus embarrassants. En ce sens, l’Afrique semble être en train de relire les mêmes pages… à voix haute. Pourtant, au 19e siècle, les États-Unis eux-mêmes n’étaient guère plus qu’un vaste champ de tabac et de coton. Une économie agricole, primaire, que le très savant Adam Smith conseillait d’exploiter sans chercher à s’industrialiser.
Heureusement, les Américains n’ont pas trop écouté. Au lieu de se replier sur leurs bottes de foin, ils ont relié l’Est à l’Ouest avec du rail, pas des discours. Et ce besoin de coordination logistique a accouché de la FED, aujourd’hui pilier d’un empire économique de 52 États et d’un dollar que le monde entier s’arrache.
La Chine, quant à elle, s’est imposée comme l’Afrique du 21e siècle… mais avec les idées claires. Avec ses 1,4 milliard de consommateurs, elle a créé un marché intérieur capable d’attirer l’industrie mondiale, tout en jouant habilement sur les chaînes de valeur. L’Afrique, elle, avait exactement la même carte démographique. Mais au lieu d’en faire un levier, elle l’a divisée en 54 petits règlements douaniers, chacun accroché à son petit drapeau hérité de la colonisation. L’Union Africaine en a même fait un patrimoine consacré intangible, semble-t-il.
Résultat : quand la Chine devenait l’atelier du monde, l’Afrique peaufinait son rôle de spectateur enthousiaste… et consommateur passif. Elle a raté sa chance d’être l’Amérique du 19e siècle et la Chine du 21e.
Et pendant ce temps, les géants se livrent un duel pour la suprématie. Le déficit commercial américain envers la Chine dépasse les 300 milliards de dollars. Certains y voient un problème. D’autres, une formidable complémentarité : les Américains ont trouvé en Chine des coûts de production imbattables ; les Chinois, en retour, ont bénéficié d’un afflux de capitaux et d’emplois. L’assemblage d’un iPhone, par exemple, coûte jusqu’à dix fois moins en Chine. Et pourtant, tout le monde y gagne… sauf peut-être le nationaliste, qui lit les balances commerciales comme d’autres lisent l’horoscope.
Même Walmart, avec ses 5 000 magasins aux États-Unis (sur 11 000 dans le monde), sait qu’il ne peut pas renoncer aux produits chinois sans devoir repenser son business model… ou ses prix. Et Donald Trump a beau s’époumoner, l’économie, elle, continue sa route, imperturbable.
En somme, il serait peut-être temps que le panafricanisme arrête de jouer la carte de la fraternité émotionnelle pour adopter celle du compte de résultat. Ce que les Africains ont à gagner en s’unissant ne tient pas dans un poème ou un rêve à la Dlimani Zuma , mais dans un tableau Excel sous-tendu par la volonté politique véritable.



