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CGEM : les nouveaux maîtres du capital marocain

Héritiers, capitaines d’industrie et réseaux d’influence : qui sont les véritables gagnants de la nouvelle gouvernance patronale ? La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a désigné les 20 dirigeants de commissions au terme de son conseil d’administration du 22 juin 2026 portant sur ses orientations entre 2026 et 2029. En renouvelant près de…

Héritiers, capitaines d’industrie et réseaux d’influence : qui sont les véritables gagnants de la nouvelle gouvernance patronale ?

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a désigné les 20 dirigeants de commissions au terme de son conseil d’administration du 22 juin 2026 portant sur ses orientations entre 2026 et 2029.
En renouvelant près de 80 % de son conseil d’administration, le nouveau président Mehdi Tazi a peaufiné un subtil équilibre entre les grandes dynasties familiales, les industriels, les nouveaux champions de l’économie de la connaissance et les réseaux historiques du patronat.

Créée en 1947, la CGEM rassemble aujourd’hui plus de 90 000 entreprises représentant plus de 90 % du PIB privé marocain. Son conseil d’administration constitue, à bien des égards, une photographie des véritables centres de décision du secteur privé marocain.

La nomination qui concentre toutes les attentions est celle de Soukaina Akhannouch, présidente-directrice générale d’Akwa Group, premier distributeur privé de carburants du Maroc à travers Afriquia, leader du gaz de pétrole liquéfié avec Afriquia Gaz et acteur majeur de l’immobilier et des énergies. Le conglomérat familial figure parmi les plus importants groupes privés du Royaume avec plusieurs dizaines de milliards de dirhams de chiffre d’affaires annuel. Son entrée au sein de la gouvernance patronale marque l’arrivée officielle de la fille du chef du gouvernement Aziz Akhannouch dans le premier cercle du patronat marocain.

Autre héritière remarquée, Leïla Mezouar, fille de Salaheddine Mezouar, ancien président de la CGEM, ancien ministre des Finances puis des Affaires étrangères, qui demeure l’une des figures les plus influentes du patronat marocain des deux dernières décennies. Sa présence illustre la permanence des réseaux d’influence au sein de la Confédération.

La famille Alj reste également solidement représentée. Si Chakib Alj quitte la présidence après deux mandats marqués par la crise sanitaire et les tensions inflationnistes, son frère Mehdi Alj rejoint les instances dirigeantes. Leur groupe familial Sanam Holding compte parmi les principaux conglomérats marocains dans la distribution, l’industrie, l’agroalimentaire et les biens de consommation.

Même logique chez les Zniber. Avec Rita Maria Zniber, c’est l’une des plus grandes fortunes agricoles du Royaume qui siège désormais au conseil. Diana Holding, fondé par le défunt Brahim Zniber, exploite plus de 8 000 hectares, exporte vers plusieurs continents et figure parmi les leaders marocains du vin, des agrumes, de l’huile d’olive et de l’agro-industrie.

La famille Lahlou renforce également son influence avec deux représentantes, Ghita Lahlou et Miryam Lahlou Filali, issues d’un groupe présent dans la logistique, le tourisme, les services et le transport.

À côté des grandes familles, Mehdi Tazi s’appuie sur plusieurs capitaines d’industrie. Mohamed Bachiri, ancien président de Renault Group Maroc, devient vice-président général de la CGEM. Architecte de l’essor de la filière automobile marocaine, premier secteur exportateur du Royaume avec près de 160 milliards de dirhams d’exportations en 2025, il prend également la présidence de la Commission Afrique, stratégique pour les ambitions continentales des entreprises marocaines.

Autre recrutement emblématique, Hicham El Habti, président de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), symbole du rapprochement entre industrie, innovation et recherche. L’ancien ministre Moncef Belkhayat, devenu entrepreneur et investisseur, rejoint également la nouvelle gouvernance, tandis que plusieurs dirigeants issus des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle font leur apparition.

Mais les absences racontent parfois davantage que les nominations.

Le départ d’Abdou Diop, président de Forvis Mazars Maroc et président sortant de la Commission Afrique, constitue l’un des événements les plus significatifs de cette recomposition. Sénégalais d’origine, il était depuis plusieurs années le seul dirigeant subsaharien occupant une position de premier plan dans l’organigramme de la CGEM. Artisan discret mais influent du rapprochement économique entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne, son départ marque la disparition d’une figure qui incarnait à elle seule la dimension panafricaine du patronat marocain.

L’autre enseignement tient aux équilibres entre les grands empires économiques du Royaume. Certaines puissances apparaissent moins visibles dans cette nouvelle architecture. C’est notamment le cas de Saham, le groupe fondé par Moulay Hafid Elalamy, acteur majeur de l’assurance, de la santé, de l’immobilier et désormais de la banque ; de Holmarcom, propriétaire d’AtlantaSanad Assurance, qui a réalisé plus de 6 milliards de dirhams de chiffre d’affaires en 2025 ; du groupe FinanceCom de la famille Benjelloun, contrôlant Bank of Africa, présente dans une vingtaine de pays africains avec un total bilan supérieur à 286 milliards de dirhams ; ou encore du groupe Ynna-Sefrioui, dont Addoha demeure l’un des premiers promoteurs immobiliers du continent et Ciments de l’Afrique (CIMAF) un acteur industriel présent dans une douzaine de pays africains.

Leur influence économique reste intacte. Leur visibilité institutionnelle, en revanche, apparaît plus discrète dans cette nouvelle mandature.

Au final, la CGEM version Mehdi Tazi ne consacre pas une rupture mais une transition générationnelle. Les grandes familles demeurent aux commandes, mais leurs représentants changent. Les industriels renforcent leur poids, les technologies gagnent en influence, la féminisation progresse, tandis que l’Afrique reste un axe stratégique, même si la disparition d’Abdou Diop des instances dirigeantes interroge.

Plus qu’un simple conseil d’administration, cette équipe constitue un véritable Who’s Who du capitalisme marocain. Une photographie des femmes et des hommes qui pèseront sur les choix économiques du Royaume à l’approche de la Coupe du monde 2030 et de la prochaine décennie d’investissements industriels et africains.

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