Au-delà des agendas chargés et des « impondérables » de dernières minutes, les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) devraient se retrouver dans les prochains jours à Yaoundé au tour du président en exercice, le Camerounais Paul Biya. Un sommet en présentiel aux multiples enjeux, loin de la mise en circulation de la nouvelle gamme de billets que la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) émettra le 15 décembre 2022.
Selon nos informations, l’heure est actuellement aux derniers reglages plusieurs dossiers sensibles préparés par des experts devant être aux chefs d’Etat, seuls habilités à en décider. Parmi les dossiers brûlants, il y a l’épineux problème de la circulation des personnes et des biens dans l’espace CEMAC avec un regain de xénophobie observée dans certains pays de la sous-région. Il en est entre autres, de l’expulsion dans les conditions « inhumaines » de plusieurs ressortissants Camerounais en Guinée équatoriale, une « chasse à l’homme » ayant également touché Centrafricains et Tchadiens. L’échange d’émissaires entre les chefs d’Etat camerounais Paul Biya et équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est loin d’avoir fait tomber une tension encore perceptible de part et d’autre de la frontière.
Autre sujet sensible, les relations entre la Centrafrique et le Tchad qui sont loin d’être au beau fixe, Bangui accusant Ndjamena d’héberger des chefs rebelles, à l’instar de l’ancien président centrafricain François Boizizé dont des partisans multiplieraient des incursions armées en territoire tchadien. Le président centrafricain Faustin Archange Touadera et son homologue tchadien Mahamat Idriss Itno sont loin de voguer sur la même longueur d’onde. De même, les relations entre le Gabon et la Guinée équatoriale sont loin d’être des plus harmonieuses, conséquence d’un différend frontalier sur l’île de Mbanié dont les deux pays revendiquent l’appartenance. Un différend porté aux Nations unies et dont la Cour internationale de justice (CIJ) pourrait rendre le verdict d’ici le deuxième semestre 2023. The last but not the least, les rapports entre les présidents Dénis Sassou Nguesso et gabonais Omar Bongo Ondimba auraient pris de la grippe depuis qu’un opposant gabonais a été arrêté de retour au Congo transportant plus d’un milliards de FCFA, ce que Libreville assimile à une tentative de déstabilisation bénéficiant de « l’appui matériel et logistique » de Brazzaville.
Eviter la politique de l’Autriche
Selon toute vraisemblance, au-delà des problèmes politiques et sécuritaires qui fâchent, les dirigeants de la CEMAC s’accorderaient sur les raisons économiques dans un contexte marqué par une mise sous tutelle des économies sous-régionales par le Fonds monétaire international (FMI) dont des représentants pourraient prendre part audit sommet. En outre, la France attendue également au prochain sommet laisse croire que la sortie du Franc CFA pour le pays de la CEMAC n’est pas pour demain, les nouveaux billets de banque qui seront mis en circulation le 15 décembre prochain ayant été fabriqués en France.
Pour le reste, le problème de nominations des premiers responsables au sein des institutions communautaires, aussi bien le président de la Commission de la CEMAC, le gouverneur de la BEAC que les autres dirigeants de structures ne devrait pas particulièrement faire l’objet de gorges chaudes. Les réformes en cours d’application depuis 2016 sont globalement respectées.
Toutefois, il est à craindre que pour des calculs politiciens les dirigeants de la sous-région qui n’aiment pas aborder avec froideur les sujets qui fâchent n’optent finalement pour une visioconférence, à moins de renvoyer sine die ce sommet. Une politique de l’Autriche qui crée plus de problème qu’elle ne résout. Ce n’est pas un mystère, si l’on veut avancer ensemble, il faut impérativement crever l’abcès pour réaliser l’intégration communautaire en Afrique centrale.


