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CEMAC : la BEAC durcit la réglementation des transferts de fonds de la diaspora

La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) vient de resserrer le cadre réglementaire des transferts de fonds entre la diaspora et les pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). A travers cette mesure, la banque centrale voudrait endiguer les circuits de contournement…

La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) vient de resserrer le cadre réglementaire des transferts de fonds entre la diaspora et les pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). A travers cette mesure, la banque centrale voudrait endiguer les circuits de contournement qui fragilisaient la politique monétaire régionale.

Cette décision, dévoilée dans une circulaire daté du 5 mai 2026, intervient à un moment où les envois de fonds internationaux vers la sous-région ont connu une mutation profonde et rapide.

Depuis quelques années, les flux de devises envoyés par les migrants des pays de la CEMAC via les plateformes de mobile money ont explosé. Selon le dernier rapport sur les services de paiement de la BEAC, 1.354 milliards de FCFA (environ 2,42 milliards USD) ont été reçus directement sur des comptes de paiement mobile en 2024, une hausse de 77 % par rapport à 2023.

Cependant, cette évolution a aussi révélé des « failles » dans le dispositif réglementaire. Ainsi, apprend-on, « certaines plateformes ou mécanismes de transfert opérant dans un flou juridique échappaient jusqu’ici au contrôle strict de la banque centrale ». La BEAC déclare « avoir constaté que des opérateurs de transferts internationaux n’étaient pas totalement alignés avec les règles de change et de lutte contre le blanchiment en vigueur dans la zone ».

La nouvelle instruction ferme cette brèche en imposant des procédures plus strictes pour l’exécution des paiements et en renforçant l’application des règles de conformité. Elle touche notamment les services qui opèrent sans conformité complète aux standards régionaux, y compris certains acteurs internationaux qui avaient jusqu’ici exploité des zones grises réglementaires pour capter une partie des flux de la diaspora.

Dans ce contexte, l’enjeu de cette décision est majeur. En effet, les transferts de la diaspora constituent une source essentielle de devises pour les économies de la CEMAC, en particulier pour les ménages qui dépendent de ces fonds pour la consommation et l’investissement local. La croissance récente de ces flux via mobile money a accentué l’importance de capter ces flux dans des circuits formels, traçables et conformes aux exigences de la réglementation des changes.

Pour la BEAC, le durcissement du cadre réglementaire est aussi une réponse à la nécessité de préserver la stabilité monétaire. « Les flux non contrôlés peuvent, selon certains observateurs, compliquer la gestion des réserves de change et la mise en œuvre de la politique monétaire dans une zone où la coordination est déjà délicate. » Cette préoccupation est d’autant plus sensible que la CEMAC fait face à une pression sur ses réserves, même si la banque centrale répète que le CFA demeure stable et convertible.

Sur le plan opérationnel, la circulaire oblige notamment les prestataires à renforcer leurs dispositifs de conformité et de justification des transferts. Tous les opérateurs souhaitant capter les flux de la diaspora devront désormais satisfaire à des normes strictes d’agrément et de reporting, sous peine de voir leurs services suspendus dans la zone.

Les acteurs économiques locaux, en particulier les opérateurs de mobile money et les petites fintechs, saluent l’effort de régulation. Ils estiment que ces mesures contribuent à une meilleure transparence et à la sécurité des flux financiers, tout en consolidant la confiance des usagers dans les canaux de transfert formels. D’autres mettent toutefois en garde contre un risque de sur-réglementation qui pourrait peser sur l’innovation et l’accès des petites communautés à ces services.

Pour la BEAC, cet ajustement du cadre n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série d’initiatives visant à moderniser l’architecture des paiements dans la CEMAC, à renforcer l’interopérabilité des systèmes régionaux et à promouvoir l’inclusion financière. Dans un contexte où les flux de la diaspora continuent d’augmenter rapidement, ce resserrement réglementaire vise à assurer que ces capitaux circulent dans un environnement sûr, transparent et bénéfique pour le développement économique régional.

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