Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, ,

Caroline Roussy : «la cartographie du Mali, du Burkina Faso et du Niger montre que la menace terroriste progresse partout»

Putsch au Mali, au Niger et au Burkina Faso, montée en puissance de l’influence russe, départ des troupes françaises, dégradation continue de la situation sécuritaire…le Sahel est en proie à une fragilisation croissante, notamment dans la zone des trois frontières. Un contexte analysée par Caroline Roussy, directrice du programme Afrique de l’Institut de relations internationales…

Putsch au Mali, au Niger et au Burkina Faso, montée en puissance de l’influence russe, départ des troupes françaises, dégradation continue de la situation sécuritaire…le Sahel est en proie à une fragilisation croissante, notamment dans la zone des trois frontières. Un contexte analysée par Caroline Roussy, directrice du programme Afrique de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris.

Que peut-on dire de la situation sécuritaire au Sahel, particulièrement dans le Liptako Gourma ?

La situation sécuritaire dans le Liptako-Gourma est particulièrement dégradée. En 2020-2021, on observait une coagulation des violences, notamment djihadistes (JNIM, EIGS…), dans les espaces frontaliers. Depuis 2023, les cellules djihadistes avancent à l’intérieur des territoires laissant présupposer qu’ils ont territorialisé leur pouvoir dans les zones frontières dont ils tirent des avantages pécuniaires.

Peut-on dresser le bilan opérationnel des juntes malienne, burkinabè et nigérienne en matière de lutte contre les groupes armés?

Il est difficile à tirer. A grands traits, le Mali mène désormais des opérations avec la Société Militaire Privée (SMP) Wagner au prix de massacres de civils. Au Burkina Faso, plus de 40% du territoire échappe désormais au contrôle de l’Etat. Au Niger, la période du coup d’Etat qui a vu l’ascension du général Tiani a temporairement interrompu la lutte contre le terrorisme d’où de plus en plus d’attaques, notamment à l’ouest du pays. Quels que soient les efforts dispensés, la cartographie de la menace terroriste montre que dans ces trois pays, elle progresse à peu près partout.

Comment le Mali, le Niger et le Burkina Faso pallient-ils le renvoi des forces militaires françaises?

Le Mali a recours au service de la SMP Wagner, le Burkina Faso a choisi d’armer 50 000 VDP, soit des civils. Le Niger vient tout juste d’interrompre sa coopération d’avec la France. Les Etats-Unis conservent leur base d’Agadez. Si conformément à leurs textes, un coup d’Etat entraîne la fin de toute coopération (le Niger a d’ailleurs été sorti de l’AGOA, le programme américain de soutien au commerce extérieur, en novembre dernier), on ne connaît pas exactement les termes du maintien de leur base. Les trois pays, enfin, ont signé une charte des pays du Lipatko Gourma pour créer une alliance des Etats du Sahel. A ce titre, ils doivent mutualiser leurs efforts dans la lutte contre le terrorisme.

Les feux géopolitiques sont braqués sur les actualités russo-ukrainienne et israélo-palestiniennes. La situation ouest-africaine en pâtit-elle?

Oui, car la question de la réarticulation du dispositif n’est pas abordée, on n’a pas plus d’information sur le mandat et la mission des militaires qui pourraient rester.

Le G5 Sahel a-t-il encore une quelconque viabilité?

Non, il est actuellement en état de mort cérébrale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont sous sanctions de la Communauté économiques des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Ils ont créé leur propre alliance.

Quel avenir pour la France militaire dans la région?

Cet avenir doit est co-décidé par la France et les pays qui accueillent, aujourd’hui encore, une base militaire française sur leur sol. Pour l’Afrique de l’Ouest, on pense nécessairement au Sénégal et à la Côte d’Ivoire. Une réarticulation d’un nouveau dispositif militaire dans ces pays, avec pour objectif de créer une forme de cordon sanitaire depuis les pays du Golfe de Guinée, reste dans la conjoncture actuelle difficile à entrevoir. Outre un discours français plutôt marqué, surtout au Sénégal où durant les manifestations de mars 2021 des enseignes ont été mises à sac (Orange, Eiffage, Auchan) ou, plus récemment, en juin 2023, incendie de l’Institut français de Ziguinchor, l’élection présidentielle se profile. Quel que soit le candidat élu au soir du 25 février 2024, pas sûr que la proximité avec la France continue d’être recherchée. En Côte d’Ivoire, le climat est plus calme. A priori. Le pays devrait rentrer en campagne présidentielle dès 2024, le président Ouattara achevant son 3e mandat courant 2025. Dans ces contextes, les dirigeants ne sont pas en capacité de solliciter l’intervention de la France. Emmanuel Macron a-t-il arrêté un schéma ? Où en est-il de sa réflexion ? Trois départs des troupes françaises depuis 2022 (Mali, Burkina Faso, Niger) ne montrent-ils pas suffisamment que la présence militaire française est problématique ? Les questions restent à ce stade en suspens..

Source: DIFA 4

Financial Afrik Premium