Par décret présidentiel signé le 4 mai 2026, le chef de l’État camerounais a acté la transformation de Eneo Cameroon en Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), une entreprise à capital public dont l’État est l’actionnaire unique à sa création. Au-delà du changement de nom, cette renationalisation marque un tournant stratégique pour le secteur de l’électricité au Cameroun. Elle charrie des promesses d’investissements accrus mais aussi des interrogations persistantes sur la fin des délestages.
Un signal fort envoyé aux investisseurs
Le décret précise que, malgré l’actionnariat public initial, le capital de la SOCADEL pourra être ouvert à d’autres entités publiques ou privées. Pour de nombreux analystes, cette clause constitue un appel clair aux investisseurs institutionnels, aux fonds d’infrastructures et aux partenaires techniques.
« L’État reprend la main tout en laissant la porte ouverte au capital privé. C’est une architecture hybride qui peut rassurer les bailleurs », estime un expert en énergie basé à Douala. Selon le décret présidentiel évoqué supra, « la reprise intégrale des actifs, concessions et équipements de l’ex-ENEO par la SOCADEL garantit une continuité opérationnelle, élément clé pour sécuriser les investissements lourds dans la production et la distribution ».
Dans les grandes villes comme dans les zones rurales, le changement de gouvernance suscite un réel espoir. « Si l’électricité redevient vraiment un service public, peut-être que les coupures vont diminuer », confie un commerçant de Yaoundé, lassé des pertes liées aux délestages répétés. D’autres citoyens restent cependant prudents. « Changer le nom ne suffit pas. Ce qu’on attend, ce sont des investissements visibles sur le réseau », souligne une entrepreneure de Bafoussam, évoquant les transformateurs saturés et les lignes vétustes.
Des experts divisés sur l’impact réel
Les avis des spécialistes du secteur sont loin d’être unanimes. Les partisans de la renationalisation estiment qu’« une entreprise publique, placée sous double tutelle technique et financière de l’État, pourra mieux aligner ses investissements sur les priorités nationales, notamment l’industrialisation et l’électrification rurale ». À l’inverse, certains économistes redoutent « un retour aux lourdeurs de gestion ». Un consultant indépendant vivant à Douala estime en effet que « sans discipline financière stricte et sans ouverture effective du capital, le risque est de voir persister les sous-investissements, donc les délestages ».
La SOCADEL, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, devra rapidement prouver sa capacité à mobiliser des ressources. Mais aussi moderniser les infrastructures et réduire durablement les coupures. Pour les investisseurs comme pour les citoyens, cette renationalisation est moins jugée sur son symbole que sur ses résultats.
Dans les milieux économiques camerounais, l’on estime que « le succès ou l’échec de la SOCADEL pèsera lourdement sur l’attractivité du Cameroun comme destination d’investissements énergétiques ». Ce qui constitue certainement « un enjeu central pour la croissance et la compétitivité du pays ».



