Dans sa note de conjoncture de la dette publique du Cameroun rendue publique le 15 mai 2026, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) estime à 5.044,6 milliards de FCFA (environ 9 milliards USD) au 31 mars 2026 le montant des Soldes engagés non décaissés (SEND). Ceux-ci incluent les appuis budgétaires évalués à 246,3 milliards de FCFA (environ 438 millions USD). En glissement annuel, ils enregistrent une diminution de 5,2%, contre une hausse de 4,4% en glissement trimestriel, tandis qu’en variation mensuelle, une légère progression de 0,2% est observée.
Le document de la CAA indique par ailleurs qu’hors appuis budgétaires, 4.798,3 milliards de FCFA (environ 8,5 milliards USD) issus de ces SEND’s concernent des emprunts extérieurs non consommés. De l’avis de Sob Amyn Fouejeu, un analyste politique, expert en communication stratégique, « cette masse monétaire immobilisée dans les circuits administratifs est une anomalie financière majeure ». Et pour cause, soutient-il dans une tribune publiée à la suite de la note de conjoncture évoquée supra, « près de 70 % de ce portefeuille est classé « à contraintes » ou « à problèmes » ».
Ces montants ne sont pas abstraits. Ils correspondent à des projets structurants bloqués dans l’énergie, l’eau, les transports et l’urbain. Auteur de plusieurs tribunes critiques sur la gouvernance et la politique nationale, Sob Amyn Fouejeu énumère pêle-mêle « le barrage de Nachtigal, pourtant opérationnel en 2026, pénalisé par des retards sur les lignes de transport électrique ; le projet d’alimentation en eau potable de Yaoundé (PAEPYS) qui souffre de décaissements partiels ; les autoroutes Yaoundé–Douala et Yaoundé–Nsimalen, tout comme les corridors régionaux vers le Tchad et la Centrafrique, qui connaissent des arrêts de chantier récurrents ; enfin, Douala où le projet de Bus Rapid Transit et plusieurs voiries urbaines peinent à respecter les calendriers financiers convenus avec les bailleurs ».
A l’analyse des données de la CAA sur les SEND’s, il se dégage que l’inaction a un coût élevé, décliné en quatre niveaux. D’abord, le Trésor public supporte des commissions d’engagement sur des fonds non utilisés, représentant plus de 4 milliards de FCFA (environ 7,1 millions USD) par an. Ensuite, les retards exposent les projets à l’inflation des matériaux, renchérissant leur coût final et nécessitant des rallonges budgétaires. Troisièmement, les chantiers à l’arrêt fragilisent les entreprises adjudicataires et les Petites et moyennes entreprises (PME) locales, retardant l’impact sur la croissance. Enfin, la crédibilité du Cameroun est entamée auprès des partenaires financiers comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Agence française de développement (AFD), compromettant l’accès à de nouveaux financements.
Face à cette situation, dans sa tribune, Sob Amyn Fouejeu propose « un plan d’action immédiat en quatre leviers ». Dont le premier consiste à « mobiliser les fonds de contrepartie grâce au décret présidentiel du 21 janvier 2026, autorisant jusqu’à 1.650 milliards de FCFA (près de 3 milliards USD) d’émissions de titres publics, dont une part doit être sanctuarisée pour les indemnisations et quotes-parts de l’État ». Quant au deuxième volet, il vise à « assainir le portefeuille via l’application stricte du décret du 17 juin 2025, en annulant ou réallouant les projets non matures ». Le troisième recommande « l’usage obligatoire de la plateforme numérique de la CAA pour réduire drastiquement les délais de décaissement ». Enfin, l’auteur propose « une gestion des grands projets par des task forces sous contrat de performance, avec obligation de résultats ». In fine, l’économie camerounaise, il s’agit d’un impératif de salut public. En effet, les ressources existent et le cadre juridique est en place. Le déblocage des 5 044,6 milliards de FCFA de SEND relève désormais d’une volonté politique et d’une culture de la performance.



