Selon des chiffres révélés par la Chambre des comptes en juin 2026, et récemment relayés par le Pr Viviane Ondoua Biwole dans son rapport d’étude sur les mandats échus des responsables d’entreprises publiques au Cameroun, sur un volume global de 1.911 milliards de FCFA (environ 3,33 milliards USD) de subventions de l’Etat à ces structures en 2024, seuls 55,75 milliards de FCFA (environ 97,04 millions USD) ont fait l’objet d’un contrôle effectif. Soit un taux de couverture de 2,92%, un niveau particulièrement faible au regard des standards de gouvernance financière. Ce qui jette une lumière crue sur l’état d’exécution et de contrôle des finances publiques camerounaises.
A l’analyse, ce ratio interroge d’abord sur la capacité institutionnelle de l’organe supérieur de contrôle à exercer pleinement sa mission. Dans un contexte de pression budgétaire accrue, marqué par la hausse du service de la dette, les engagements liés aux subventions énergétiques et les besoins d’investissement dans les infrastructures sociales, la faiblesse du contrôle apparaît comme un risque systémique. Elle réduit la capacité de l’État à prévenir les irrégularités, à corriger les dérives de gestion et à renforcer la crédibilité de l’action publique.
Au-delà des moyens techniques et humains de la Chambre des comptes, ces chiffres posent la question de l’architecture globale du contrôle budgétaire. Un taux inférieur à 3% signifie que l’immense majorité des flux financiers échappe, de fait, à une vérification approfondie ex post. Pour les partenaires techniques et financiers, cette situation peut fragiliser la confiance, surtout dans un environnement où la traçabilité des dépenses est devenue un critère central d’éligibilité aux financements concessionnels.
Sur le plan macroéconomique, l’enjeu est loin d’être neutre. Un contrôle insuffisant favorise l’inefficience de la dépense publique, alourdit le coût réel des politiques publiques et limite l’impact économique des investissements de l’État. À moyen terme, cela peut se traduire par un effet d’éviction sur l’investissement privé, déjà confronté à un environnement des affaires exigeant.
Pour les experts en finances publiques, l’urgence est double. D’une part, renforcer substantiellement les capacités opérationnelles de la Chambre des comptes, tant en ressources humaines qu’en outils numériques. D’autre part, inscrire le contrôle des finances publiques au cœur des priorités de réforme budgétaire, au même titre que la mobilisation des recettes et la rationalisation des dépenses.
Dans un Cameroun engagé dans une trajectoire de consolidation budgétaire, ces données rappellent une évidence économique. Qui repose sur ce que « sans contrôle crédible et étendu, l’effort budgétaire perd en efficacité et la soutenabilité des finances publiques demeure fragile ».



