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Cameroun : l’illégalité à la tête des entreprises publiques coûte près de 70 millions USD au contribuable

Une étude publiée le 23 juin 2026 par le Professeur Viviane Ondoua Biwole met en lumière un scandale de gouvernance aux proportions alarmantes. Selon cette étude, « en 2026, 77 présidents de conseils d’administration (PCA) et 36 directeurs généraux (DG) des entreprises et établissements publics camerounais exercent au-delà de la durée légale de leur mandat. Pourtant,…

Professeur Viviane Ondoua Biwole

Une étude publiée le 23 juin 2026 par le Professeur Viviane Ondoua Biwole met en lumière un scandale de gouvernance aux proportions alarmantes. Selon cette étude, « en 2026, 77 présidents de conseils d’administration (PCA) et 36 directeurs généraux (DG) des entreprises et établissements publics camerounais exercent au-delà de la durée légale de leur mandat.

Pourtant, le cadre légal est sans ambiguïté. D’après les lois jumelles du 12 juillet 2017, « les PCA ont droit à un mandat de trois ans, renouvelable une fois, et les DG à trois ans renouvelables deux fois ».

Certains cas sont particulièrement frappants. Luc Ayang a occupé le poste de PCA de l’Office national du cacao et du café (ONCC) de 1991 jusqu’à son décès en octobre 2025, soit un dépassement d’environ 29 ans par rapport au plafond légal. Francis Fai Yengo, PCA de l’Agence d’électrification rurale (AER), aurait dépassé ce plafond d’une vingtaine d’années.

L’étude, fondée sur une base de données portant sur 89 entreprises et établissements publics, conclut que « l’illégalité est érigée en norme dans la gouvernance des entreprises et établissements publics au Cameroun ».

Un coût financier massif pour l’État

Le bilan économique est sévère. En 2022, le résultat net global des entreprises et établissements publics a chuté de 60%, passant de 164,5 milliards de FCFA (environ 285 millions USD) à seulement 65,6 milliards de FCFA (près de 115 millions USD). Neuf entreprises affichaient un résultat net négatif, représentant près de 40 milliards de FCFA (près de 70 millions USD) de pertes nettes.

Le rapport du Prof. Viviane Ondoua indique ainsi que « quatre sociétés publiques se trouvaient au bord de la faillite en 2022. Il s’agissait de la Société nationale de raffinerie (SONARA), la Cameroon Developement Corporation (CDC), la Cotonnière industrielle du Cameroun (CICAM) et la Cameroon Radio and Television (CRTV) ». Ce document révèle par ailleurs que « parmi les cas les plus graves, la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) affichait des pertes estimées à 40,6 milliards de FCFA (environ 70,2 millions USD), la CDC à 15,5 milliards (près de 27 millions USD), et Camair-Co à 13 milliards de FCFA (environ 22,5 millions USD).

Pour soutenir ces structures, apprend-on, l’État a massivement puisé dans les finances publiques. « Les subventions destinées aux entreprises publiques passeront de 1,5 milliard de FCFA (environ 2,6 millions USD) en 2025 à 152,26 milliards de FCFA (environ 263,25 millions USD) en 2026, tandis que les recapitalisations ont déjà atteint 504,8 milliards de FCFA (près de 873 millions USD) au total.

La dimension politique de cette dérive est clairement identifiée. Les autorités détentrices du pouvoir de nomination « peinent à respecter les dispositions des lois qu’elles ont elles-mêmes promulguées ». Ceux qui devraient faire respecter la loi sont précisément ceux qui la violent.

Les risques juridiques sont pourtant réels. Ce sont notamment « la nullité des actes pris par les dirigeants illégaux, la responsabilité administrative pouvant aller jusqu’à la révocation, et la responsabilité pénale exposant les concernés à des peines d’emprisonnement pour détournement de deniers publics ».

Des recommandations à court terme

Dans son étude, le Pr Viviane Ondoua Biwole formule des préconisations concrètes. En urgence, elle recommande « de régulariser en priorité les 20 entreprises où les trois organes (PCA, DG et DGA) sont simultanément hors mandat. D’autres volumes de l’étude sont attendus, promettant de nouvelles révélations sur l’ampleur du phénomène ».

Dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer sa crédibilité auprès des bailleurs internationaux et à assainir ses finances publiques, ce rapport constitue un signal d’alarme difficile à ignorer.

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que l’enseignante-chercheure aborde la question de l’illégalité de la longévité des PCA et DG d’entreprises publiques au Cameroun. L’on se souvient en effet qu’en juillet 2024, elle avait déjà commis une analyse de cette situation dans une tribune intitulée « République exemplaire : le président de la République devrait nommer au moins 54 PCA avant le 12 juillet 2024 ». Dans laquelle elle révélait déjà que « 54 PCA sur les 87 entreprises et établissements publics (EEP) analysés en 2024 au Cameroun seront dans l’illégalité après le 12 juillet 2024, soit un taux de non-conformité de 62% ». Elle indiquait alors que « la longévité des dirigeants n’est pas toujours bénéfique pour la performance des entreprises ».

Bien avant, en 2023, l’universitaire avait déjà rédigé un article portant sur « la situation des mandats d’une cinquantaine de PCA d’entreprises et établissements publics au Cameroun ».

Prêchant par l’exemple, en 2019, Pr. Viviane Ondoua Biwole avait démissionné de son poste de directeur général adjoint de l’Institut supérieur de management public (ISMP). Elle se conformait ainsi à la loi généralement bafouée qui limite à neuf ans la durée d’un individu à la tête d’une même entreprise publique ou d’un même établissement public.

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