Le Cameroun va [encore] emprunter 1.650 milliards de FCFA (près de 3 milliards USD) sur les marchés des capitaux. L’information est contenue dans un décret présidentiel signé le 21 janvier 2026. Dans lequel le président camerounais, Paul Biya, autorise le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, à lever ce montant. Selon le document évoqué supra, ces fonds serviront à financer les projets de développement. Le gouvernement camerounais ne va cependant utiliser tous ces financements pour cette seule cause. En effet, Paul Biya indique dans son décret qu’ils serviront aussi à apurer les restes-à-payer (RAP), évalués à 485,4 milliards de FCFA (environ 866 millions USD) à fin septembre 2025.
Ces impayés, apprend-on du Minfi dans sa note de conjoncture économique rendue publique le 30 septembre 2025, correspondent à des factures non réglées par le Trésor depuis plusieurs mois. Une situation qui fragilise la trésorerie des entreprises dépendantes de la commande publique, avec un effet d’entraînement sur l’activité économique nationale.
Le décret présidentiel du 21 janvier 2026 précise la structure de financement. Ainsi, sur le marché intérieur, l’État prévoit de mobiliser 400 milliards de FCFA (près de 715 millions USD) via des émissions d’Obligations du Trésor Assimilables (OTA). Ils sont complétés par 250 milliards de FCFA (environ 446 millions USD) de prêts directs auprès d’organismes privés locaux. Quant au volet externe, il porte sur 1.000 milliards de FCFA (près d’1,8 milliard USD) à lever sur les marchés financiers internationaux.
L’opération prescrite par Paul Biya s’inscrit dans le cadre de l’exécution de la loi de finances 2026, qui affiche un déficit budgétaire de 631 milliards de FCFA (environ 1,2 milliard USD). En intégrant les autres besoins de financement, le besoin global de l’État atteint 3.104,2 milliards de FCFA (environ 5,5 milliards USD), à couvrir par des tirages sur prêts projets, des appuis budgétaires, des financements exceptionnels, des emprunts bancaires et des émissions de titres publics.
Une trajectoire de dette sous surveillance
A l’analyse, ces nouveaux engagements viennent alourdir une dette publique déjà sous tension. Au 30 septembre 2025, l’encours atteignait 14.591 milliards de FCFA (à peu près 26 milliards USD), soit 43,9% du Produit intérieur brut (PIB) du pays, selon la note de conjoncture économique sur la dette publique du Cameroun publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA) à fin septembre 2025. Cette dette est largement concentrée sur l’administration centrale (93,3%), tandis que les entreprises publiques et les collectivités territoriales demeurent marginales.
Le Cameroun est classé en risque de surendettement élevé par la Banque africaine de développement (BAD) et le Fonds monétaire international (FMI), même si les autorités estiment rester sous le seuil communautaire de 70% du PIB fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Autre point de vigilance, la forte part d’emprunts non concessionnels, plus coûteux. Entre janvier et septembre 2025, le service de la dette a dépassé 1.030 milliards de FCFA (environ 1,84 milliard USD), dont plus de 226 milliards de FCFA (près de 403 millions USD) d’intérêts et commissions.
À court terme, l’apurement des arriérés pourrait soulager la trésorerie des entreprises et soutenir l’activité. À moyen terme, la soutenabilité de la dette et la qualité de l’allocation des ressources levées demeurent au cœur des préoccupations des investisseurs et bailleurs.



