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Cameroun : le braquage de 15 kg d’or révèle les failles de la traçabilité aurifère

Dans la nuit du 6 au 7 mars 2026, selon des sources policières reprises par plusieurs médias locaux, un gang de présumés braqueurs attaque le domicile et l’entreprise d’achat d’or dirigée par Yacoubou Moussa à Bertoua, le chef-lieu de la région de l’Est du Cameroun. Les présumés braqueurs emportent 15 kg d’or. L’équivalent d’environ 1,4…

Dans la nuit du 6 au 7 mars 2026, selon des sources policières reprises par plusieurs médias locaux, un gang de présumés braqueurs attaque le domicile et l’entreprise d’achat d’or dirigée par Yacoubou Moussa à Bertoua, le chef-lieu de la région de l’Est du Cameroun. Les présumés braqueurs emportent 15 kg d’or. L’équivalent d’environ 1,4 milliard de FCFA (près de 2,5 millions USD). La saisie de cette quantité d’or par la Division régionale de la Police judiciaire de l’Est du Cameroun relance le débat sur la traçabilité aurifère au Cameroun dans un contexte de controversés autour des exportations et de durcissement de la régulation minière.

Au-delà de la violence du braquage, cette saisie d’or interpelle directement les milieux économiques et financiers camerounais. Selon les analystes, ce montant équivaut au chiffre d’affaires annuel de certaines Petites et moyennes entreprises (PME) industrielles locales.

Par ailleurs, cette découverte soulève une question centrale : comment une telle quantité d’or peut-elle être stockée dans des domiciles privés, hors de tout circuit officiel déclaré ? La problématique est d’autant plus sensible que le Cameroun fait face à des controverses persistantes sur les volumes d’or réellement produits et exportés.

Plusieurs rapports internationaux ont déjà pointé ces incohérences. A l’exemple des analyses relayées par l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) et par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Qui font état d’écarts significatifs entre la production déclarée localement et les volumes d’or importés par certains partenaires, notamment les Émirats arabes unis. Ces divergences alimentent les soupçons de contrebande, de sous-déclaration et de circuits parallèles de commercialisation.

Ligne dure de l’État

La saisie de Bertoua intervient aussi dans un contexte de durcissement du cadre réglementaire. Depuis la réforme de la loi minière en 2023, l’État camerounais a recentralisé la commercialisation de l’or. Désormais, la Société nationale des mines (Sonamines) détient un rôle exclusif dans l’achat, la centralisation et la revente du métal précieux. Cette orientation a suscité de vives tensions avec les syndicats de bureaux d’achats d’or, qui réclament le rétablissement d’agréments supprimés par la nouvelle législation. La Sonamines, jusqu’ici, refuse de céder à ces pressions, au nom de la lutte contre la fraude et de la sécurisation des recettes publiques.

L’affaire de Bertoua tend à donner du crédit à cette ligne dure. La détention privée de plus d’un milliard de FCFA en or brut souligne les failles persistantes dans le contrôle de la chaîne de valeur aurifère. Elle met aussi en lumière le lien possible entre criminalité organisée, économie informelle et financement illicite.

Pour les finances publiques, l’enjeu est majeur. Chaque gramme d’or échappant aux circuits officiels représente un manque à gagner fiscal, mais aussi une distorsion des statistiques d’exportation. À terme, ces écarts fragilisent la crédibilité du pays auprès des partenaires techniques et financiers.

L’opération menée par la Police judiciaire de l’Est envoie alors un signal fort. Qui ne rassure cependant pas sur la capacité du système judiciaire et économique à transformer ce coup d’éclat sécuritaire en réforme structurelle durable. À l’heure où le Cameroun cherche à mieux capter la rente minière, l’or retrouvé dans un domicile privé à Bertoua rappelle que la bataille se joue autant dans les coffres-forts que dans les institutions.

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