Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, , ,

Cameroun : la Sonamines prête à racheter 100% des stocks d’or des bureaux d’achats

La Société nationale des Mines (Sonamines) se dit « disposée à acheter l’intégralité des stocks d’or détenus par les membres du Syndicat national des promoteurs des bureaux d’achats et des orpailleurs du Cameroun (Synaprobadiocam) ». Cette orientation stratégique est formalisée dans une correspondance adressée, le 5 juin 2026, au président du Synaprobadiocam, Ousmanou Alhadji Hamadou,…

La Société nationale des Mines (Sonamines) se dit « disposée à acheter l’intégralité des stocks d’or détenus par les membres du Syndicat national des promoteurs des bureaux d’achats et des orpailleurs du Cameroun (Synaprobadiocam) ». Cette orientation stratégique est formalisée dans une correspondance adressée, le 5 juin 2026, au président du Synaprobadiocam, Ousmanou Alhadji Hamadou, par le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, qui affiche par la même occasion son ambition de devenir « l’acheteur central de tout l’or détenu par les membres de ce syndicat ». Il réaffirme ainsi la volonté de l’entreprise publique d’acheter l’intégralité des stocks d’or légalement détenus par les acteurs agréés, avec pour objectif « le renforcement de la traçabilité de la production pour capter davantage de valeur au profit de l’État ».

Afin de procéder à l’achat des quantités d’or attendues, la Sonamines invite le Synaprobadiocam à « communiquer, en tant que de besoin, les quantités d’or disponibles chez vos membres ». Le syndicat est également « appelé à formuler des propositions de prix, afin d’ouvrir des négociations structurées et transparentes » avec l’entreprise publique.

Pour la Sonamines, « cette démarche s’inscrit strictement dans le cadre réglementaire fixé par le décret n° 2024/05251/PM du 19 novembre 2024, qui encadre la détention, la commercialisation et l’exportation des substances minérales ». L’article 10 dudit décret précise que « les prix de l’or et du diamant sont fixés au cours du marché international avec une décote fixée d’accord-partie ».

« En mettant en avant cette disposition, la Sonamines entend rassurer les opérateurs privés », indique un opérateur minier camerounais. « Il ne s’agit pas d’imposer un prix administré, mais de négocier sur la base des références internationales, tout en intégrant une décote consensuelle », poursuit cette source.

Pour les autorités, cette approche permettrait d’assainir un secteur encore marqué par l’informel. L’achat centralisé par la Sonamines vise à limiter les fuites de production vers les circuits parallèles et à améliorer la collecte des recettes publiques.

La démarche traduit également un changement de posture de la Sonamines. Longtemps cantonnée à un rôle institutionnel, l’entreprise entend désormais assumer pleinement sa mission commerciale sur le marché de l’or artisanal et semi-mécanisé.

Du côté des orpailleurs et des bureaux d’achats, l’initiative est suivie avec attention. Elle pourrait offrir un débouché sécurisé pour leurs stocks, dans un contexte de volatilité des prix et de contrôles renforcés sur les exportations. Certains acteurs soulignent toutefois l’importance de conditions opérationnelles claires. La rapidité des paiements, la transparence des pesées et la compétitivité des prix seront déterminantes pour l’adhésion effective des producteurs.

En toile de fond, l’État camerounais cherche à mieux capter la rente aurifère nationale. Selon plusieurs estimations, une part significative de l’or produit échapperait encore aux circuits officiels, privant le Trésor de ressources importantes.

En affirmant sa disponibilité à acheter 100 % des stocks déclarés du Synaprobadiocam, la Sonamines envoie donc un signal fort, celui d’une volonté de structuration du marché fondée sur la négociation, la légalité et l’alignement sur les standards internationaux. Cette initiative marque une étape dans la gouvernance minière camerounaise et pourrait redéfinir durablement les relations entre l’État, l’entreprise publique et les acteurs privés de l’or.

Pour rappel, la main tendue du directeur général de la Sonamines au président du Synaprobadiocam intervient dans un contexte de dénonciations portant sur les écarts entre la production déclarée localement et les volumes d’or importés par certains partenaires, notamment les Émirats arabes unis. Ces divergences alimentent les soupçons de contrebande, de sous-déclaration et de circuits parallèles de commercialisation.

C’est dans ce contexte d’opacité que s’inscrit l’affaire des 15 kg d’or emportés par de présumés braqueurs dans un domicile privé à Bertoua, dans la nuit du 6 au 7 mars 2026. Un butin dont la valeur fiduciaire est estimée à environ 1,4 milliard de FCFA, soit près de 2,5 millions de dollars américains.

Financial Afrik Premium