La présidence de la République du Cameroun est opposée à la privatisation de toute activité de la Cameroon Telecommunications (Camtel), le gestionnaire public du secteur des télécommunications. L’information est contenue dans une correspondance du secrétaire général de la présidence de la République (SGPR) adressée le 4 décembre 2023 au ministre des Finances (MINFI), également président du Comité interministériel de la mission de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (CTR). En effet, Ferdinand Ngoh Ngoh indique à Louis Paul Motaze que « […] le président de la République [vous] prescrit de surseoir à tout schéma de réhabilitation visant la privatisation de la société Camtel ou de tout segment de son activité ».
Cette missive du SGPR vient mettre un terme au projet du CTR de faire éclater en trois entités la Camtel pour en faire une holding. Comme l’avait déclaré son président, Louis Paul Motaze, lors de son le passage, le 15 novembre 2023, en tant que Minfi, devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale, pour défendre la loi de règlement de l’État de l’exercice budgétaire 2022. Selon le rapport de ladite commission le ministre des Finances arguait du « faible niveau de compétitivité de Camtel » face au « dynamisme du secteur des télécommunications » pour justifier « la réflexion en cours au sein du gouvernement pour relever ses performances et transformer cette entreprise en holding composée de trois entités ». Suffisant pour susciter la réaction de la présidence de la République qui sonne comme un « recadrage de la hiérarchie ».
La posture de Paul Biya va à contre-courant de celle de la Banque mondiale sur le sujet. En effet, dans un rapport de 2017, intitulé « Cameroon Economic Memorandum », l’institution financière multilatérale dénonçait déjà la situation hybride conduisant au monopole de certaines sociétés au Cameroun. Cette dénonciation visait entre autres Camtel, propriétaire des infrastructures télécoms et fournisseur de services, et Bolloré, qui contrôle du fret ferroviaire et des services portuaires. La Banque mondiale recommandait alors au gouvernement camerounais la fin de ces monopoles. Qui, dans le secteur des télécoms et des technologies de l’information et de la communication (TIC), provoque un déséquilibre sur le marché camerounais. Pour cette institution financière mondiale, la Camtel devrait être transformée en « une holding à deux entités dont une filiale contrôlée par l’État, pour les infrastructures et le réseau de téléphonie fixe, et une autre pour le mobile et la commercialisation de la fibre optique, destinée à être contrôlée par le secteur privé ».



