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Cameroun : la guerre Etats-Unis-Israël-Iran reconfigure le circuit des importations des produits pétroliers

Sous l’effet des tensions internationales liées au conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, le Cameroun a décidé de reconfigurer en urgence son mécanisme d’approvisionnement en produits pétroliers. Face aux risques de rupture sur les chaînes mondiales et à la faiblesse des stocks nationaux, les autorités ont opté pour un retour à un dispositif centralisé,…

Sous l’effet des tensions internationales liées au conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, le Cameroun a décidé de reconfigurer en urgence son mécanisme d’approvisionnement en produits pétroliers. Face aux risques de rupture sur les chaînes mondiales et à la faiblesse des stocks nationaux, les autorités ont opté pour un retour à un dispositif centralisé, reposant sur des traders internationaux, sous le pilotage de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH).

La décision a été entérinée à l’issue de deux réunions tenues à Yaoundé, les 9 et 13 mars 2026, respectivement sous la présidence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, puis du directeur général de la CSPH, Okie Johnson Ndoh. Le schéma retenu prévoit que des traders sélectionnés par la CSPH sécurisent les cargaisons, tandis que les marketeurs locaux s’approvisionneront via des allocations, sur la base de lettres de crédit.

Ce recentrage intervient dans un contexte international particulièrement tendu. Depuis le déclenchement de la guerre fin février 2026, les perturbations dans le Golfe, notamment autour du détroit d’Ormuz, par où transite environ 20% des flux mondiaux de liquides pétroliers, ont ravivé les craintes sur l’approvisionnement énergétique des pays importateurs. Les marchés ont réagi brutalement : le Brent a franchi début mars le seuil symbolique des 100 USD le baril, entraînant une tension généralisée sur les produits raffinés.

Sécuriser l’approvisionnement au prix d’une flexibilité réduite

Le mécanisme retenu repose sur une prime fixe, c’est-à-dire une marge prédéterminée appliquée à l’achat des cargaisons. Si cette option limite la capacité des marketeurs à négocier des conditions plus avantageuses, elle répond avant tout à une logique de maîtrise budgétaire. Dans un contexte de prix à la pompe administrés, la prime fixe permet à l’État d’anticiper plus précisément le niveau du manque à gagner lié aux subventions.

Cette prudence s’explique également par la fragilité des stocks nationaux. L’autonomie actuelle est estimée à 38 jours pour le super, 12 jours pour le gasoil et 11 jours pour le Jet A1, sur la base des volumes disponibles à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), hors stocks de sécurité et sans inclure les réserves de la Société nationale de raffinage (Sonara).

Dans les faits, le Cameroun renoue avec un dispositif déjà mis en œuvre après l’incendie de la Sonara en 2019, lorsque le pays avait dû dépendre entièrement des importations. À l’époque, le recours aux traders avait permis une baisse significative des primes et généré des économies estimées à près de 150 milliards de FCFA (environ 270 millions USD) par an pour l’État.

Ce schéma avait toutefois été partiellement remis en cause à partir de décembre 2023, avec la libéralisation des importations décidée sur instruction du président Paul Biya, permettant aux importateurs majeurs de s’approvisionner directement. Le retour actuel à un pilotage renforcé apparaît donc comme une mise entre parenthèses pragmatique de la libéralisation, dictée par l’urgence géopolitique.

À court terme, ce choix devrait sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur. Mais il met aussi en lumière une vulnérabilité structurelle persistante : sept ans après l’incendie de la Sonara, le Cameroun demeure exposé au moindre choc sur les routes mondiales de l’énergie, avec des répercussions potentielles sur ses finances publiques et sa stabilité macroéconomique.

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