De sources officielles au ministère camerounais des Finances, depuis début avril 2026, l’Etat du Cameroun contrôle désormais 83,68% du capital de la filiale locale de la Société Générale en acquérant 58,08% détenus par la maison mère, pour un montant global de 129 milliards de FCFA (environ 230,5 millions USD) toutes taxes comprises. Cette opération, au cours de laquelle le Cameroun a déjà versé 120 milliards de FCFA (près de 215 millions USD), a été validée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), régulateur supranational du secteur bancaire au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Ce passage sous contrôle public marque une étape décisive dans la réorganisation du paysage bancaire camerounais.
Cette transaction intervient neuf mois après l’accord de cession signé à Douala entre l’État camerounais et le groupe français. Cette opération confère désormais une force réglementaire à une opération initiée en juillet 2025 qui voit l’État consolider sa présence au sein de l’un des principaux établissements financiers du pays.
L’opération de nationalisation de la Société Générale Cameroun s’inscrit dans un contexte de recentrage stratégique du groupe français. Elle rentre dans le cadre d’une série de désengagements qu’il a entamés en Afrique en mars 2023. Ainsi, Société Générale s’est délestée de certaines de ses filiales au Congo, en Guinée équatoriale, en Mauritanie et au Tchad. A travers ces opérations, le groupe bancaire français entend désormais se concentrer sur ses marchés jugés plus porteurs.
Selon le communiqué ministériel évoqué supra, la prise de contrôle vise à « assurer la pérennité et la continuité des activités de cette banque dans le paysage financier du Cameroun » tout en protégeant les intérêts des clients, des partenaires et des employés. Cependant, le gouvernement camerounais envisage d’ouvrir le capital à des partenaires privés nationaux ou internationaux.
Enjeux macro-économiques
A l’analyse, la validation de l’opération par la COBAC illustre que le tour de table modifié respecte les normes prudentielles, de gouvernance et de continuité d’activité exigées par l’autorité bancaire de la CEMAC. Elle confirme également la position du Cameroun comme locomotive bancaire de la sous-région, avec plus de 2,8 millions de comptes bancaires, soit environ 60% des comptes ouverts dans l’ensemble des pays membres.
L’opération présente néanmoins des défis significatifs. Le niveau d’implication financière de l’État, supérieur à plusieurs budgets ministériels, met en lumière les contraintes budgétaires sous lesquelles le pays opère. Notamment dans le cadre des ajustements avec le Fonds monétaire international (FMI). La transformation d’un établissement privé en banque à majorité publique exige une gouvernance rigoureuse. Ce, alors que les établissements publics camerounais ont parfois été critiqués pour leur performance mitigée.
De plus, l’ouverture future du capital à des acteurs bancaires panafricains tels que BGFIBank, NSIA Bank ou Zenith Bank, qui ont déjà exprimé leur intérêt, pourrait dynamiser le secteur tout en renforçant sa compétitivité. Pour autant, cette perspective comporte des risques de gouvernance et de cohésion stratégique qu’il faudra apprendre à maîtriser.
Sur le plan régional, cette nationalisation intervient dans un contexte de réformes structurelles et de repositionnement des banques internationales en Afrique subsaharienne. Surtout au moment où la pression sur la rentabilité, les exigences de fonds propres et la régulation internationale influencent les décisions des grands groupes. L’État camerounais, par cette décision, entend non seulement sécuriser un actif bancaire clé, mais aussi créer un espace de négociation favorable à des partenariats futurs qui pourraient contribuer au financement du développement économique.



