En maintenant la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », assortie d’une perspective négative, l’agence de notation financière américaine Fitch Ratings anticipe que « l’essentiel des nouveaux financements nets proviendra d’emprunts extérieurs, combinant ressources commerciales et appuis officiels ». Selon Fitch, « ces financements officiels devraient s’inscrire en partie dans le cadre d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) en 2026 ». Ce scénario est jugé « déterminant pour sécuriser le plan de financement de l’État ».
Malgré le succès de l’eurobond de 750 millions USD émis en janvier 2026, avec un coupon de 8,875%, dans une opération largement sursouscrite, Fitch Ratings reste prudente. Cette performance témoigne d’un accès encore ouvert aux marchés internationaux.
Les autorités camerounaises prévoient d’ailleurs une nouvelle émission obligataire avant la fin de l’année 2026. Toutefois, Fitch avertit que « l’absence d’un programme formel avec le FMI constituerait un risque tangible pour la soutenabilité de cette stratégie de financement ». Cette analyse s’inscrit dans un contexte de transition des relations entre Yaoundé et l’institution de Bretton Woods. Le précédent programme est arrivé à échéance en juillet 2025. Depuis lors, des discussions sont engagées en vue d’un nouvel accord.
La pression régionale renforce cette dynamique. Lors du sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenu à Brazzaville le 22 janvier 2026, les chefs d’État ont insisté sur la nécessité de maintenir des programmes avec le FMI. L’objectif affiché est de contenir l’érosion des réserves de change régionales. Celles-ci sont fragilisées par la baisse des recettes d’exportation et par une hausse persistante des sorties de devises.
Les consultations au titre de l’Article IV, publiées par le FMI le 31 mars 2026, vont dans le même sens. Elles actualisent le diagnostic macroéconomique du Cameroun et évaluent la crédibilité de ses engagements budgétaires. Sans être contraignantes, elles préparent généralement le terrain à un nouveau programme appuyé financièrement.
Au-delà de la perspective d’un accord, la question du volume des financements reste posée. Entre 2021 et 2025, les décaissements cumulés du FMI en faveur du Cameroun, hors dernière revue attendue, sont estimés à environ 500 milliards de FCFA (près de 895 millions USD).
Ce montant apparaît limité comparé à d’autres pays africains. En effet, en mars 2025, un accord conclu entre le FMI et la Côte d’Ivoire devait conduire à près de 4,8 milliards USD de décaissements. L’institution saluait alors la robustesse de la trajectoire économique ivoirienne.À l’inverse, lors de la septième revue du programme camerounais en janvier 2025, le FMI adoptait un ton plus réservé. Il soulignait « la nécessité d’accélérer les réformes et de réduire les retards dans l’exécution des investissements publics ». Un message qui continue de peser sur les perspectives financières du pays.



