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Cameroun : bras de fer institutionnel autour du rachat de Société Générale par l’Etat

Malgré les prescriptions du président de la République sur la préemption de l’Etat du Cameroun à travers le tandem CNPS/NSIA Bank, le ministère des Finances a privilégié la piste privée BGFIBank dans cette opération financière. Le 12 mai 2026, au cours d’une cérémonie organisée à Yaoundé, l’État camerounais, via le ministère des Finances (Minfi), a…

Malgré les prescriptions du président de la République sur la préemption de l’Etat du Cameroun à travers le tandem CNPS/NSIA Bank, le ministère des Finances a privilégié la piste privée BGFIBank dans cette opération financière.

Le 12 mai 2026, au cours d’une cérémonie organisée à Yaoundé, l’État camerounais, via le ministère des Finances (Minfi), a finalisé l’acquisition de 58,08% du capital de Société Générale Cameroun (SGC), pour 129 milliards de FCFA (près de 230 millions USD).  Grâce à cette opération, avec désormais 83,68% de parts, l’Etat du Cameroun devient l’actionnaire majoritaire de la filiale locale du Groupe bancaire français, aux côtés du groupe marocain Sanlam Allianz. Dans une opération présentée comme transitoire, SGC devient General Bank of Cameroon (GBC). Pour la présidence de la République du Cameroun, cette transaction transitoire vise à encadrer le retrait du groupe français et à préparer une cession ultérieure à un opérateur privé.

Sur le papier, le schéma était clair. La présidence de la République avait prescrit un montage reposant sur un consortium formé par la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), l’organisme public de gestion des fonds de pension, et la Nouvelle société interafricaine d’assurance (NSIA Bank), groupe ivoirien de banques et assurances créé en 1995 par Jean Kacou Diagou. Dans une démarche qui privilégie le droit de préemption de l’Etat du Cameroun, pour Paul Biya, ce sont ces deux entités qui devaient assurer le financement et la gestion de cette phase transitoire.

En effet, une correspondance présidentielle classée « très urgent », signée par le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, et dont l’objet portait sur « Dossier ADICAM, Société Générale », confirmait ce choix. Dans cette lettre datée du 27 avril 2026 adressée au ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, le SGPR répercutait à ce dernier, les « Très Hautes Instructions du président de la République » prescrivant « de bien vouloir conclure un partenariat avec le consortium CNPS/NSIA Bank, en vue de la gestion de la phase de transition (TSA) consécutive à l’acquisition des actions de « Société Générale », dans la perspective de la cession définitive à ce groupement, des actions acquises par l’Etat auprès de la banque susmentionnée ». Pour la présidence de la République, le Minfi ne devait qu’exécuter cette instruction.

BGFIBank, arrangeur financier et potentiel repreneur

Pourtant, l’exécution finale semble s’être éloignée de cette ligne. Selon plusieurs sources concordantes, « le financement effectif de l’acquisition n’a pas été assuré par le tandem CNPS/NSIA-Bank ». Dans un article publié le 29 avril 2026, Africa Intelligence (AI), un site professionnel sur l’actualité politique et économique en Afrique, révèle : « Dans la cession des actifs de SGC, le rôle du groupe bancaire BGFIBank est double : il agit à la fois comme arrangeur financier et comme potentiel repreneur de certaines opérations. » Bien avant AI, sur son site web, le journal du Cameroun écrivait : « La banque gabonaise BGFIBank, premier groupe bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et actif en Afrique de l’Ouest, fait partie des potentiels repreneurs des activités de Société Générale au Ghana et au Cameroun. » Dans cet article intitulé « Cameroun-Affaires : BGFIBank s’intéresse au rachat de Société Générale », ce journal rapporte les propos du Président directeur général (PDG), de la BGFIBank, Henri-Claude Oyima aux « Echos ». Ces propos traduisaient déjà, en juin 2024, l’intérêt du Groupe bancaire privé panafricain basé au Gabon pour SGC : « L’ensemble des opportunités que peut présenter Société Générale nous intéresse. Nous sommes lancés dans une nouvelle stratégie de croissance externe. »

Il appert dès lors que « le financement de cette cession des parts de la filiale camerounaise du groupe bancaire français Société Générale a été porté, en grande partie, par BGFIBank ». Pourtant, ce choix, contraire à celui de la présidence de la République du Cameroun, n’a jamais été officiellement expliqué. « Aucune communication publique n’a détaillé le rôle exact de BGFIBank dans le décaissement des fonds. Pourtant, près de 120 milliards de FCFA (environ 213 millions USD) ont été versés avant le closing, un montant qui interroge sur l’origine précise des ressources mobilisées », souffle une source très au fait de ce dossier.

Malaise institutionnel

L’écart entre la prescription présidentielle et l’exécution ministérielle alimente le malaise. Depuis cette opération, l’on est dubitatif sur la mise à l’écart d’un consortium public ou semi-public, au profit d’une banque privée candidate à l’entrée au capital. Une question qui porte un coup à la crédibilité de l’opération.

Le profil de BGFIBank renforce les interrogations. Le groupe dirigé par Henri-Claude Oyima affiche une stratégie de croissance agressive en Afrique centrale. Il a déjà repris la filiale congolaise de Société Générale après un schéma similaire de préemption étatique.

Au Cameroun, le Groupe bancaire privé panafricain a récemment renforcé ses positions. Sa filiale locale a vu son capital passer de 20 à 50 milliards de FCFA en 2026. Elle a également été mandatée pour structurer des financements publics d’envergure, notamment dans le secteur énergétique et industriel.

Alors que BGFIBank s’activait dans le processus d’acquisition de SGC, la CNPS est restée en marge du dénouement. Son directeur général, Noël Olivier Mekulu Mvondo, avait pourtant manifesté l’intérêt de l’institution. Mais aucune justification claire n’a été donnée sur l’abandon de cette option.

NSIA Bank, de son côté, n’a jamais retiré son intérêt stratégique pour le marché camerounais. Son président, Jean Kacou Diagou, avait multiplié les signaux en faveur d’une reprise. Le groupe n’a cependant pas participé au financement initial.

Le Minfi expose l’État à des soupçons durables

Le recours à BGFIBank change la nature du rapport de force. « Si BGFI Bank a effectivement avancé une part substantielle des fonds, elle disposerait d’un levier stratégique sur l’avenir de General Bank of Cameroon », explique un habitué de ce type d’opérations. « Cette position poserait un problème de conflit d’intérêts, dans un processus censé rester neutre et concurrentiel », poursuit notre source.

Au-delà des acteurs, l’enjeu est institutionnel. Les 129 milliards de FCFA engagés concernent des fonds publics ou assimilés. Leur traçabilité relève de l’intérêt général. L’opacité fragilise la portée politique d’une opération pourtant majeure pour la souveraineté bancaire du Cameroun.

« En choisissant un schéma non expliqué, le Minfi expose l’État à des soupçons durables », souffle un économiste camerounais. Pour qui, « la transparence aurait permis de lever les doutes. Le silence, lui, alimente les controverses ».

Pour un pays où la bancarisation reste faible, la reprise de Société Générale était une opportunité historique. Elle risque désormais de devenir un cas d’école sur les dérives possibles de la gouvernance financière publique.

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