Plus belle opération financière de l’histoire des affaires africaines, la cession d’une partie de la participation du groupe sud-africain de médias Naspers dans le géant chinois des technologies Tencent se soldera néanmoins par un gain quasi-nul pour le fisc sud-africain. Explications.
Par Jacques Leroueil
Annoncée fin mars, la cession de 2 % de la participation du groupe sud-africain de médias Naspers dans le géant chinois des technologies Tencent continue de faire les grands titres de la presse spécialisée. Et pour cause : à 9,8 milliards de dollars, il s’agit de la plus grosse plus-value boursière jamais réalisée par une entreprise africaine.
Davantage, le reliquat de l’investissement de Naspers dans Tencent (32 % du capital), réalisé pour 32 millions de dollars en 2001, en vaudrait aujourd’hui… 170 milliards. Un colossal gain latent qui fait de facto de l’entreprise sud-africaine la première capitalisation africaine (107 milliards de dollars de valorisation).
Dans un communiqué, la société établie au Cap a pour sa part expliqué que «les fonds (récupérés de cette vente) seront utilisés pour améliorer le bilan de Naspers et investir ».
Cette cagnotte ne devrait cependant que (très) peu profiter à l’Etat sud-africain. En raison de la spectaculaire progression des cours de Tencent depuis le début des années 2000, la quasi-totalité de la valeur de la cession réalisée par Naspers représente une plus-value en capital, normalement taxée à hauteur de 25 % en Afrique du Sud.
Or, « les autorités fiscales du pays disposent que toute compagnie sud-africaine détentrice de plus de 10 % d’une société étrangère n’aura pas à payer d’impôts sur les plus-values de cession réalisées, aussi longtemps que les titres cédés le sont à une entité étrangère », rappellent les analystes de la banque d’investissement African Alliance.
En clair, l’Etat sud-africain ne collecte une taxe que si la transaction a été réalisée entre deux opérateurs nationaux. Une configuration qui n’est que très partiellement vérifiée dans le cas de Naspers, le géant sud-africain des médias ayant, selon plusieurs indiscrétions venues de Bank of America Merrill Lynch, Citigroup et Morgan Stanley, vendu la plupart de ses titres à des investisseurs institutionnels internationaux.
Résultat, « la plus belle transaction financière de l’histoire des affaires africaines se soldera par un gain quasi-nul pour le contribuable sud-africain », explique Lionel Sibomana, analyste senior à African Alliance.
Notre interlocuteur veut cependant croire que «ce précédent pourrait amener l’Etat sud-africain à modifier les dispositions fiscales actuelles en matière de cession de participation ».
Principal actionnaire de Tencent, Naspers s’est engagé à ne plus vendre de participation pendant trois ans. Basé à Shenzhen, le groupe chinois est l’un des géants mondiaux de l’internet, notamment grâce à sa très populaire messagerie WeChat (un milliard d’utilisateurs).
Par Jacques Leroueil,



