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Cacao : les producteurs ghanéens gagnent désormais deux fois plus que leurs homologues ivoiriens

Le gouvernement ghanéen a annoncé, lundi 4 août 2025, une revalorisation spectaculaire du prix à la production du cacao. Désormais, les producteurs locaux percevront 5 040 dollars la tonne, soit environ 4 353 euros. Une hausse de 62,58 % par rapport à la précédente campagne, où le prix était fixé à 3 100 dollars. Cette…

Le gouvernement ghanéen a annoncé, lundi 4 août 2025, une revalorisation spectaculaire du prix à la production du cacao. Désormais, les producteurs locaux percevront 5 040 dollars la tonne, soit environ 4 353 euros. Une hausse de 62,58 % par rapport à la précédente campagne, où le prix était fixé à 3 100 dollars. Cette décision, qui porte la part du prix FOB (prix à l’export) reversée aux planteurs à près de 70 %, marque une rupture nette dans la politique de soutien aux cacaoculteurs et confère au Ghana une avance sociale et politique décisive dans la guerre feutrée que se livrent les deux premiers producteurs mondiaux de cacao.

Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire, le prix payé aux producteurs reste figé à 1 500 FCFA le kilo, soit environ 2 440 dollars la tonne. À ce niveau, les planteurs ivoiriens touchent moins de la moitié de ce que reçoivent désormais leurs voisins ghanéens. Le contraste est saisissant et appelle des explications : deux pays, un même produit, des marchés internationaux identiques, mais deux approches diamétralement opposées dans la redistribution de la rente cacaoyère.

Du côté d’Accra, cette hausse intervient dans un contexte électoral. Le président John Mahama, revenu au pouvoir avec un discours centré sur la justice sociale et le développement rural, concrétise ici une promesse de campagne. Le signal est politique, mais aussi économique : mieux rémunérer les planteurs, renforcer la souveraineté agricole, et limiter les ventes illicites vers les pays voisins. En poussant la part du prix FOB redistribuée à 70 %, contre 63,9 % un an plus tôt, le Ghana assume une politique volontariste et risquée, qui parie sur une hausse durable des cours mondiaux et sur une gestion rigoureuse de COCOBOD, l’organe de régulation du secteur.

À Abidjan, la prudence est de mise. Le système de vente anticipée verrouille les hausses de prix et donne à l’État une marge d’ajustement plus lente. La Côte d’Ivoire, qui représente près de 45 % du marché mondial, continue de privilégier la stabilité macroéconomique, quitte à rogner sur le revenu agricole. Une décision qui soulève un malaise croissant au sein du monde paysan, d’autant plus que les cours du cacao ont atteint des niveaux records ces derniers mois. Le prix FOB ivoirien avoisine aujourd’hui les 4 000 dollars la tonne, sans que cette manne ne se traduise pleinement dans les poches des producteurs.

Les conséquences ne se feront pas attendre. L’écart de rémunération risque d’attiser la contrebande transfrontalière, avec des flux de cacao ivoirien vers le Ghana, où les prix sont deux fois plus attractifs. Il renforce également l’image d’un Ghana socialement audacieux face à une Côte d’Ivoire gestionnaire mais inflexible. Au-delà de la rivalité bilatérale, cette divergence jette une ombre sur l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, mécanisme commun de coordination des politiques cacaoyères, désormais mis à l’épreuve par les réalités nationales.

L’heure est donc à la clarification. Le marché international observe avec attention cette nouvelle asymétrie entre les deux géants africains du cacao. Dans cette bataille du prix juste, le Ghana a pris une longueur d’avance. Reste à savoir si Abidjan pourra encore maintenir le cap sans réévaluer, à son tour, la place du planteur dans la chaîne de valeur.

Pour rappel, le prix du cacao est passé d’un pic historique de 12 931 USD en décembre 2024 à environ 8 100 USD début août 2025, soit une baisse de près de 40 %. Cette correction reflète une détente progressive des tensions sur l’offre globale : production represa, stocks reconstitués, et retrait de la spéculation excessive. Toutefois, malgré cette forte chute, les prix restent élevés historiquement, et la saison reste marquée par un risque de fluctuations importantes à court terme.

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