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Banque centrale africaine : l’Afrique amorce un trimestre décisif

Avec l’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain attendue avant la fin du troisième trimestre 2026, le continent s’apprête à franchir l’avant-dernière étape d’un édifice institutionnel conçu dès 1991 et appelé, à terme, à déboucher sur une Banque centrale africaine. Dakar, 7 mai 2026. C’est depuis le siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de…

Cérémonie d’ouverture de la réunion ordinaire du Bureau de l’ABCA, en mai dernier à Dakar

Avec l’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain attendue avant la fin du troisième trimestre 2026, le continent s’apprête à franchir l’avant-dernière étape d’un édifice institutionnel conçu dès 1991 et appelé, à terme, à déboucher sur une Banque centrale africaine.

Dakar, 7 mai 2026. C’est depuis le siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dans la capitale sénégalaise, que le Centrafricain Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et président de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), a fixé l’échéance. L’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain (IMA), dont les statuts ont été adoptés trois mois plus tôt par l’Union africaine (UA), « est prévue d’ici à septembre 2026 », a-t-il déclaré. Une étape qui « constitue une avancée décisive dans la transition institutionnelle progressive vers une union monétaire continentale ».

Cette déclaration, faite lors de la première réunion du bureau de l’ABCA au titre de l’année 2026, livrait, ce jour-là, le signal le plus précis sur le calendrier de l’union monétaire africaine. Formulée devant les gouverneurs des banques centrales représentées, elle s’inscrit dans la continuité d’un processus engagé depuis plus de trois décennies, désormais entré dans sa phase la plus opérationnelle.

« L’opérationnalisation de cette structure n’est plus un projet lointain, soumis à des arbitrages secondaires. Elle est devenue un déterminant central de la marche vers l’intégration monétaire et financière », a insisté le patron de la BEAC devant les médias.

L’injonction d’Addis-Abeba

Présente à cette réunion, Francisca Tatchouop Belobe, commissaire de l’UA chargée du développement économique, du tourisme, du commerce, de l’industrie et des mines, a donné à l’engagement politique une traduction administrative claire. Devant les gouverneurs, elle a exhorté l’ABCA à finaliser la nomination des membres de l’IMA, qualifiée d’« étape essentielle vers la création de la Banque centrale africaine ».

« L’IMA est le passage obligé vers la Banque centrale africaine. Il doit être doté de ressources à la hauteur de nos ambitions pour atteindre l’objectif ultime de convergence macroéconomique à l’échelle continentale », a-t-elle insisté. Et de préciser qu’« un calendrier rigoureux a été préparé et diffusé pour guider les actions collectives, afin de garantir que chaque jalon soit franchi avec succès d’ici à septembre ». L’Ethiopienne a également confirmé que les évaluations menées au Nigeria, pays hôte du futur institut, avaient conclu à la disponibilité d’« installations de classe mondiale », et qu’Abuja, par l’intermédiaire de sa banque centrale, fournirait les services d’appui nécessaires à l’IMA durant sa phase de démarrage.

Trente-cinq ans d’histoire

Pour mesurer la portée du moment, il faut remonter au Traité d’Abuja, signé le 3 juin 1991, qui a institué la Communauté économique africaine et programmé l’avènement progressif d’une Banque centrale africaine (BCA) ainsi que d’une monnaie unique. Le texte fondateur prévoyait six phases successives, étalées sur 34 à 40 ans, pour aboutir à l’union économique et monétaire du continent.

Une Déclaration de Syrte, en 1999, avait tenté d’accélérer ce calendrier en visant une création dès 2020. Mais cette ambition s’est heurtée à l’hétérogénéité économique et institutionnelle des sous-régions africaines. C’est dans ce contexte qu’a été adoptée, en août 2015, la stratégie conjointe de la Commission de l’Union africaine et de l’ABCA pour la création de la BCA. Celle-ci a fixé un nouveau cap : une opérationnalisation entre 2028 et 2034, dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Cette stratégie a fait de l’IMA l’organe transitoire chargé de préparer, sur le plan technique, l’avènement de la future Banque centrale africaine. La structure transitoire devra contribuer à « harmoniser les politiques monétaires et absorber les chocs mondiaux », comme le déclarait Francisca Tatchouop Belobe.

L’IMA, antichambre de la future banque centrale

D’ici à son opérationnalisation, l’ABCA devra toutefois finaliser plusieurs chantiers : au-delà de la nomination des membres du conseil de l’IMA, d’aucuns citent la dotation budgétaire, le recrutement de l’équipe permanente, ainsi que la signature de l’accord de siège avec la République fédérale du Nigeria.

À moyen terme, l’IMA devra piloter les travaux d’harmonisation avant l’adoption, par les chefs d’État, du protocole instituant formellement la Banque centrale africaine, puis sa ratification par au moins 15 États membres, la mise en place de sa gouvernance et le transfert progressif des compétences depuis l’IMA. Le siège de la future BCA est lui aussi prévu à Abuja.

Le déploiement effectif d’une monnaie unique africaine, point d’aboutissement du Traité d’Abuja, n’est pas attendu avant 2045, à l’issue d’un processus durable de convergence des indicateurs macroéconomiques à l’échelle du continent.

Le trimestre qui s’ouvre — juillet, août, septembre 2026 — constitue donc, à proprement parler, un trimestre charnière dans la trajectoire monétaire africaine. « Chaque jalon doit être franchi avec succès d’ici à septembre », disait encore Francisca Tatchouop Belobe, la représentante de l’Union africaine à la dernière réunion de la faitière des banques centrales du continent.

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