Points saillants du rapport sur les perspectives économiques en Afrique de la BAD
Brazzaville donne le ton. À l’ouverture technique des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement, le message est sans ambiguïté : l’Afrique ne pourra plus compter exclusivement sur les financements extérieurs pour soutenir sa transformation économique. Dans ses Perspectives économiques en Afrique 2026, la Banque place au cœur du débat la mobilisation massive des ressources internes comme condition de la souveraineté financière du continent, dans un contexte mondial marqué par la fragmentation géopolitique, le recul de l’aide publique au développement et les tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le diagnostic est sévère. Malgré une croissance moyenne de 4,4 % enregistrée en 2025, contre 3,5 % en 2024, l’Afrique continue d’afficher un déficit annuel de financement supérieur à 1 300 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs de développement. Une contradiction qui illustre le paradoxe africain : une région parmi les plus dynamiques au monde, mais encore insuffisamment outillée pour convertir cette croissance en transformation structurelle durable. La BAD estime qu’une croissance soutenue d’au moins 7 % par an sur plusieurs décennies serait nécessaire pour enclencher une réduction significative de la pauvreté et absorber la pression démographique.
Pour y parvenir, le rapport identifie un potentiel inexploité de 1 430 milliards de dollars par an. Cette manne pourrait être dégagée par une meilleure mobilisation fiscale, la réduction des inefficiences dans les dépenses publiques, l’optimisation des marchés financiers et une meilleure valorisation des ressources naturelles du continent. À elle seule, l’amélioration de la conformité fiscale et de l’administration des recettes pourrait libérer près de 469 milliards de dollars supplémentaires, tandis que la réduction des pertes liées à l’inefficacité des investissements publics pourrait dégager 299 milliards de dollars additionnels.
Sur le front macroéconomique, le continent affiche une résilience certaine. La croissance devrait légèrement ralentir à 4,2 % en 2026 avant de remonter à 4,4 % en 2027. Ce tassement est principalement attribué aux effets attendus des tensions au Moyen-Orient, notamment sur les prix de l’énergie et des engrais. Mais cette moyenne masque d’importantes disparités régionales.
L’Afrique de l’Est demeure le principal moteur avec 5,9 % attendus en 2026, devant l’Afrique de l’Ouest à 4,7 %. L’Afrique centrale progresserait à 3,8 %, portée par la remontée des cours des matières premières, tandis que l’Afrique australe resterait à la traîne avec 2,1 %.
L’inflation, quant à elle, reste un sujet de vigilance. Bien qu’en repli par rapport aux 13,7 % observés en 2025, elle devrait encore atteindre 10,4 % en 2026, alimentée par la flambée des prix mondiaux du pétrole et du gaz. Cette situation impose aux banques centrales africaines de maintenir des politiques monétaires prudentes, tout en évitant d’étouffer la croissance.
La BAD recommande une coordination étroite entre politiques budgétaires et monétaires afin d’amortir les effets sociaux des chocs inflationnistes, sans recourir à des subventions généralisées coûteuses.
Au-delà des chiffres, le rapport pose une question politique majeure : celle de l’autonomie stratégique du continent.
Le recul progressif de l’aide bilatérale, la réorientation des priorités des grands bailleurs et la volatilité accrue des capitaux internationaux obligent l’Afrique à repenser son architecture financière. Cela passe par un approfondissement des marchés de capitaux, une intégration régionale plus poussée, l’interconnexion des systèmes de paiement et l’émergence d’un véritable écosystème financier panafricain.
C’est dans cette perspective que la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFA), portée par la BAD, prend tout son sens. Elle ambitionne de structurer les ressources africaines, de mieux canaliser l’épargne locale vers l’investissement productif et de réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs.
Le message envoyé depuis Brazzaville est donc clair : l’heure n’est plus à la simple résilience, mais à la refondation. Pour la Banque africaine de développement, l’Afrique dispose désormais des leviers nécessaires pour financer son propre destin. Encore faut-il transformer cette capacité théorique en volonté politique et en action coordonnée. C’est tout l’enjeu des Assemblées annuelles 2026.



