Le Sénégal a entamé l’exercice budgétaire 2026 sur une note globalement positive, avec des recettes mobilisées à hauteur de 1 149,7 milliards de FCFA au premier trimestre, soit 19,4 % de l’objectif annuel fixé à 5 932,2 milliards de FCFA. Cette performance traduit une progression de 11,9 % par rapport à la même période de 2025, portée principalement par la bonne tenue des recettes fiscales et par les premiers effets de l’entrée du pays dans l’ère pétrolière.
Selon le Rapport trimestriel d’exécution budgétaire du ministère des Finances et du Budget, les recettes fiscales ont atteint 1 095,7 milliards de FCFA, en hausse de 14,1 % sur un an. Cette dynamique a notamment été soutenue par l’impôt sur les sociétés, dont le rendement a bénéficié de paiements anticipés d’opérateurs du secteur pétrolier. À lui seul, cet impôt a généré 154,5 milliards de FCFA, dépassant les prévisions trimestrielles, tandis que l’impôt sur les revenus pétroliers a contribué à hauteur de 14 milliards de FCFA.
L’activité économique intérieure continue également de soutenir les finances publiques. La TVA intérieure hors pétrole a enregistré une progression marquée, reflétant une consommation relativement dynamique et une meilleure mobilisation des ressources fiscales domestiques. Les impôts sur les revenus mobiliers et les plus-values immobilières ont eux aussi affiché des performances supérieures aux objectifs fixés.
Des fragilités persistent derrière la bonne dynamique
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs zones de fragilité subsistent. Les nouvelles mesures fiscales prévues dans le cadre du Plan de redressement économique et social (PRES) peinent encore à atteindre leur rythme de croisière. À fin mars, elles n’avaient rapporté que 54,2 milliards de FCFA, soit à peine 57,2 % de l’objectif trimestriel. Les difficultés de mise en œuvre concernent notamment certaines taxes sur les jeux, les transferts d’argent, les exportations de minerais, ainsi que les dispositifs douaniers appliqués aux véhicules et aux téléphones.
Autre point de vigilance : les recettes non fiscales affichent un net recul. Elles se sont établies à 41 milliards de FCFA au premier trimestre, en baisse de 23,6 % par rapport à la même période de 2025. Cette contre-performance s’explique principalement par l’effondrement des dividendes issus des entreprises à participation publique, passés de 9,3 milliards de FCFA à seulement 0,2 milliard de FCFA. Une telle évolution soulève des interrogations sur la rentabilité du portefeuille de l’État et sur le calendrier de distribution des résultats.
Dette, déficit et soutenabilité budgétaire sous surveillance
Sur le plan des dépenses, l’État a exécuté 1 482,7 milliards de FCFA au premier trimestre. Les charges liées à la dette demeurent particulièrement élevées, avec 285 milliards de FCFA d’intérêts payés, dont plus de 209,3 milliards de FCFA au titre de la dette extérieure. Malgré cette pression, le déficit budgétaire ressort à 333 milliards de FCFA, soit 1,4 % du PIB, un niveau inférieur à la cible annuelle fixée à 5,37 % du PIB.
Cette performance intervient dans un contexte de vigilance accrue sur les finances publiques sénégalaises. Après les réévaluations récentes du niveau de la dette et du déficit par les institutions de contrôle et les partenaires internationaux, les autorités poursuivent la mise en œuvre de réformes destinées à renforcer la transparence budgétaire, à améliorer la mobilisation des recettes internes et à assurer la soutenabilité des finances publiques.
Les résultats du premier trimestre traduisent ainsi une certaine résilience des finances publiques sénégalaises. La consolidation de cette trajectoire dépendra toutefois de plusieurs facteurs clés : l’accélération des réformes fiscales, la montée en puissance des mesures du PRES, la diversification des sources de revenus hors hydrocarbures et la maîtrise des risques liés à un environnement international toujours marqué par les tensions énergétiques et les incertitudes géopolitiques.
Le défi reste inchangé : transformer les premiers revenus tirés du pétrole et du gaz en un levier durable de consolidation budgétaire, de croissance inclusive et de souveraineté économique.



