Le Bureau d’information financière du Mozambique (GIFiM) a publié, le 5 septembre 2025, un rapport d’analyse stratégique mettant en lumière l’ampleur et la sophistication des circuits de financement du terrorisme dans le pays. Le document révèle que plus de 458,6 millions de meticals, soit 7 millions de dollars, ont été acheminés illicitement entre 2017 et 2024 via les systèmes financiers formel et informel.
Selon le rapport, ces fonds transitent principalement par des dépôts fractionnés, retraits en espèces, transferts de faibles montants via les banques et services de mobile money. Ces procédés, souvent appuyés par l’usage de « prête-noms », visent à brouiller les pistes et dissimuler les bénéficiaires réels. Les capitaux sont ensuite dirigés vers le recrutement, la logistique et les opérations des groupes armés, notamment dans les provinces de Cabo Delgado, Zambézia, Nampula, Sofala et Manica, ainsi qu’à Maputo.
Des acteurs multiples, du commerce à la contrebande
Le GIFiM identifie une mosaïque d’acteurs : commerçants, entrepreneurs locaux, agents de services financiers, fonctionnaires et même certaines ONG. Les financements proviennent aussi bien d’activités licites — commerce alimentaire, pêche, distribution de carburant — que d’activités illicites telles que le trafic de drogue, l’extraction illégale de métaux précieux, la contrebande de bois ou le trafic d’armes.
Au-delà des frontières mozambicaines, le rapport pointe des ramifications vers l’Afrique australe, centrale et orientale, soulignant la dimension transnationale de ces flux. Cette analyse rejoint les conclusions des experts de l’ONU, qui en juillet 2025 alertaient sur la résilience du groupe Ahlu Sunnah Wal Jama’a (ASWJ), affilié à l’État islamique. Composé de 300 à 400 combattants, dont près de la moitié seraient des mineurs enrôlés de force, l’ASWJ multiplie les attaques ciblées et finance désormais une partie de ses opérations par des enlèvements et rançons payées via mobile money, générant jusqu’à 3 000 dollars par semaine dans certaines zones minières.
Un enjeu de sécurité… et de confiance économique
Si la menace terroriste constitue un défi sécuritaire, elle pose également un risque systémique pour l’économie mozambicaine. En ciblant les circuits financiers officiels et parallèles, ces groupes fragilisent la confiance des investisseurs et exposent les entreprises opérant dans des zones à forte valeur économique, notamment l’énergie, les mines et les infrastructures.
Pour y répondre, le GIFiM recommande, entre autres, le renforcement des capacités des institutions financières dans la détection des flux suspects ; une coopération accrue entre banques, autorités judiciaires et forces de l’ordre ; et une sensibilisation du grand public et du secteur privé, afin de réduire les vulnérabilités exploitées par les réseaux criminels.
Ces conclusions interviennent dans un contexte où le Mozambique cherche à attirer des capitaux étrangers pour financer des projets stratégiques, notamment dans le gaz naturel liquéfié (GNL), les infrastructures portuaires et minières, ou encore l’agro-industrie. La mise en place de mécanismes de contrôle financier robustes devient dès lors essentielle, non seulement pour lutter contre le terrorisme, mais aussi pour garantir la stabilité économique et la sécurité des investissements.



