La Chine supprimera, à compter du 1er mai, les droits de douane sur les importations en provenance de tous les pays africains, à l’exception de l’Eswatini, a annoncé le président Xi Jinping, dimanche 15 février 2026, dans un message adressé aux chefs d’Etat en marge du 39e sommet de l’Union Africaine. La mesure tombe quelques jours après que les USA ont reconduit l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), mécanisme préférentiel permettant à une quarantaine de pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers le marché américain sans droits de douane sur environ 6 500 lignes tarifaires.
Des volumes déjà dominés par la Chine
En 2023–2024, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont dépassé 280 milliards de dollars, faisant de Pékin le premier partenaire commercial du continent depuis 15 ans. Les exportations africaines vers la Chine sont principalement constituées de :
- hydrocarbures (Angola, Nigeria),
- minerais stratégiques (cuivre, cobalt de RDC, manganèse),
- produits agricoles (cacao, sésame, café).
Les États-Unis, de leur côté, affichent un commerce bilatéral avec l’Afrique estimé à environ 70 à 80 milliards de dollars par an. Les exportations africaines vers les États-Unis dans le cadre de l’AGOA se concentrent sur :
- le pétrole brut (qui représente historiquement plus de 50 % des flux),
- le textile et l’habillement (Lesotho, Kenya, Madagascar),
- certains produits agricoles transformés.
Impact tarifaire : un avantage compétitif immédiat
La suppression des droits de douane par la Chine signifie :
- une réduction directe du coût d’accès au marché chinois,
- un gain potentiel de compétitivité de 5 % à 20 % selon les catégories de produits,
- un élargissement du champ d’exportation pour les pays les moins avancés.
Pour les économies africaines fortement dépendantes d’un nombre limité de produits d’exportation, cette mesure peut accroître les volumes vendus, notamment dans les secteurs agricoles et miniers.
Un accès américain conditionnel
L’AGOA reste soumis à des critères de gouvernance et peut être suspendu. Plusieurs pays ont déjà été exclus ou réintégrés selon l’évolution de leur situation politique. Environ 35 pays bénéficient actuellement du régime préférentiel.
Contrairement à la décision chinoise, l’accès au marché américain demeure :
- conditionnel,
- périodiquement renouvelé,
- juridiquement révisable.
Structure des échanges : faible transformation
Dans les deux cas, la structure des exportations africaines reste dominée par les produits primaires. Moins de 20 % des exportations africaines vers la Chine et les États-Unis concernent des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.
Cette réalité limite l’impact sur :
- l’industrialisation,
- la création d’emplois qualifiés,
- la diversification économique.
Lecture stratégique
Avec un PIB de plus de 17 000 milliards de dollars, la Chine offre un marché en croissance continue. Les États-Unis, avec un PIB supérieur à 25 000 milliards de dollars, restent un débouché stratégique à forte valeur ajoutée, notamment pour le textile et certains produits agro-industriels.
La décision chinoise crée un accès universel et immédiat, tandis que l’AGOA maintient un cadre préférentiel sélectif. Pour les États africains, l’enjeu est désormais de convertir ces avantages tarifaires en augmentation de la valeur ajoutée locale.
En l’état, l’Afrique bénéficie d’un double accès préférentiel aux deux premières puissances mondiales. Mais sans renforcement des capacités productives, logistiques et industrielles, l’effet risque de se traduire principalement par une hausse des volumes de matières premières exportées plutôt que par une transformation structurelle des économies.



