Le 18 juin 2026 à Yaoundé, à l’occasion du Salon Promote, le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a révélé que, « dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), quatre entreprises sur cinq, soit 80%, évoluent hors des registres officiels, sans comptabilité certifiée, sans bilan auditable ». Dans ce contexte, indique le gouverneur de la BEAC, « pour un banquier, prêter à une telle entité revient à financer une boîte noire ». Cette situation impacte le profil emprunteur de ces entités. Notamment les Petites et moyennes entreprises (PME), qui constituent pourtant l’ossature productive des six économies nationales. Elles se heurtent à des portes closes lorsqu’elles frappent aux guichets des banques.
Le Cameroun, locomotive économique de la sous-région, cristallise cette contradiction. Le crédit au secteur privé n’y représente que 17,5% du Produit intérieur brut (PIB), contre 35% pour la moyenne sous-régionale. Un écart vertigineux qui matérialise l’ampleur du sous-financement structurel.
Des créances douteuses qui bloquent le robinet
Selon Yvon Sana Bangui, « le problème est aggravé par la mauvaise qualité du portefeuille bancaire ». En effet, les créances en souffrance atteignaient 17,4% de l’encours total à fin mars 2025, bien au-delà du seuil international de 5%. Dans ce contexte, les banques resserrent naturellement leurs conditions d’octroi au détriment, une fois de plus, des PME.
La conjoncture macroéconomique n’arrange rien. La croissance régionale est attendue à 2,9% en 2026, contre 3,5% en 2025. La BEAC impute ce ralentissement à la volatilité des matières premières, à la faible diversification économique et aux tensions géopolitiques mondiales.
Des réformes en ordre de marche
Face à ce tableau, le régulateur ne reste pas inerte. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a relevé en décembre 2025 le capital social minimum des banques de 10 à 25 milliards de FCFA. Une liste noire des mauvais payeurs est désormais opérationnelle depuis janvier 2026. Les contrevenants s’exposent à des amendes dépassant 5 millions de FCFA et à des peines d’emprisonnement pouvant atteindre cinq ans.
Dans son exposé, le gouverneur de la banque centrale a établi les responsabilités « avec équité ». Il a également fait des recommandations à chacune des parties. Yvon Sana Bangui a demandé aux entrepreneurs de « se formaliser et tenir une comptabilité rigoureuse ». Les Etats, quant à eux, doivent desserrer l’étau fiscal et simplifier les procédures. La recommandation aux banques va dans le sens d’« innover et financer le tissu productif ». Un triptyque simple, mais dont la mise en œuvre reste le défi central de la décennie pour l’Afrique centrale.



